Dix mois après #Metoo et #Balancetonporc, on a bien compris que la lutte contre les inégalités femmes-hommes était loin d’être gagnée. Et que l’un des enjeux majeurs dans la manière d’éduquer nos enfants serait d’abolir les clichés et de lutter contre la reproduction des stéréotypes de genre. Mais si le mouvement nous a appris à être plus vigilants et à (un peu) mieux parler à nos petites filles, qu’en est-il des petits garçons ? Comment leur expliquer la manière se comporter avec respect, leur apprendre le consentement et déconstruire ces principes de masculinité et de domination omniprésents dans notre société ? L’écrivaine Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 pour Chanson douce avait un peu répondu à cette question, en réagissant à la tribune sur Le droit d’importuner parue dans Le Monde. «Mon fils sera, je l’espère, un homme libre. Libre non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables ». Lancé par la fondation des femmes pendant la coupe du monde de football, la campagne de spots #tuserasunhommemonfils allait dans le même sens, évoquant à travers une série de scènes quotidiennes, la manière d’éduquer les garçons dans la lutte contre les inégalités. Car « on ne naît pas sexiste, on le devient » selon Sébastien Chauvin, sociologue des genres à l’Université de Lausanne (Unil) dans un article paru dans le quotidien suisse Le Temps en janvier 2018 « Une partie des comportements sexistes sont le produit de l’absence de modèles masculins pluriels, avec une persistance du modèle de l’homme dominant, viril, opposé à l’homme faible ou associé au féminin. Mais dès qu’on grandit dans des univers éducatifs mixtes, avec des jeux et interactions mixtes, on est notamment moins susceptible d’acquérir une notion de la sexualité comme une prise de pouvoir asymétrique sur autrui ». Aujourd’hui, dix mois après, le chantier reste donc total. D’autant que l’opinion publique semble désormais plus préoccupée par l’avenir soit disant menacé de la libido masculine que par le sort des femmes harcelées. Dans l’un de ses derniers papiers (#MeToo : le retour de bâton médiatique … dans les pages de l’Obs), Thomas Messias, l’un des rares journalistes masculins à écrire régulièrement sur le sujet sur Slate.fr fustigeait le contenu du récent dossier de l’Obs sur la condition masculine. «C’est ça, être un homme après #MeToo ? C’est ne plus être genré au masculin et devoir porter des robes pour montrer qu’on rejette sa virilité ? Ces pistes-là ne sont pas inintéressantes pour qui souhaite les explorer individuellement, mais elles sont désespérément hors sujet dans le débat actuel. Dans un premier temps, il semble plus important d’enseigner aux petits garçons les bases du consentement, de leur expliquer qu’ils ont le droit de pleurer ou d’avoir peur, de leur montrer des exemples d’hommes qui refusent d’être des monstres de masculinité mais sont pourtant très épanouis ». Preuve s’il en est, qu’il est plus que jamais nécessaire de lutter sans attendre et sans relâche, contre la persistance de ce modèle masculin unique, toujours imbibé de compétition, d’intériorisation des émotions et de rejet du féminin.