« Et, Il existe vraiment le père Noël ? »

Cette histoire de père Noël revenant chaque année pour déposer sous le sapin des cadeaux aux enfants sages questionne de nombreux parents. Comment par exemple, exiger de ses enfants de dire la vérité tout en ritualisant chaque année, à la même époque, un énorme mensonge ? Alors, le père noël, imposture éhontée ou joli conte pour enfant ? Marie-Julie Demedardi, spécialiste du mensonge et Doctorante en Psychologie du Développement à Montpellier nous en dit plus.

Peut-on considérer que le Père Noël est un gros mensonge ?

Marie-Julie Demedardi : C’est un pur mensonge. Du moins, si l’on s’en tient à la définition du mensonge comme affirmation contraire à la vérité, émise dans le but de manipuler les pensées et les comportements d’autrui. Le Père Noël n’existe pas et les adultes en sont parfaitement conscients au moment où ils font aux enfants le récit de son existence.

Donc, les parents savent qu’ils mentent, mais ils le font néanmoins. Est-ce parce que ce n’est pas si « grave» que cela de mentir au sujet du Père Noël ?

Il y a deux écoles. La première est de considérer que le récit du Père Noël est un mensonge rituel au même titre que n’importe quel conte de fée. Dans ce cas, le Père Noël incarne moins le mensonge qu’une opportunité de nourrir l’imaginaire et la créativité de l’enfant, de l’emmener dans un monde merveilleux très éloigné de la réalité. La deuxième école, contre le mensonge, considère que les adultes qui mentent au sujet du Père Noël adoptent un comportement paradoxal risqué. Il est en effet incohérent de mentir aux enfants d’un côté alors qu’on leur inculque de ne pas mentir dès qu’ils entrent dans la compréhension du langage. Difficile de trancher donc et chacun va se positionner de façon personnelle.

Qu’en pensez-vous ?

Comme tout un chacun, mon rapport au mensonge du Père Noël est lié à ma propre histoire. Il y a donc fort à parier que je mentirai un jour à mes enfants au sujet du Père Noël. Enfant, j’ai éprouvé plus de joie à croire au Père Noël, que de déception en apprenant sa non existence. Le rapport bénéfice / risque à ce sujet, est donc dans mon cas, favorable à la reproduction du mensonge. Sans doute en aurait-il été autrement si je l’avais mal vécu et c’est pourquoi il faut s’interroger plutôt, par rapport à ce que l’on sait de son enfant, sur la capacité que l’on suppose chez lui à bien tolérer ce mensonge passé le moment de la déception. Il ne faudrait pas qu’il vive très fort, comme une trahison.

Si lorsqu’on se projette, on ne craint pas d’avoir un jour à composer avec la déception que causera la révélation de l’inexistence du Père Noël, on peut donc s’autoriser à proférer ce doux mensonge du Père Noël ?

Je ne pense pas en effet qu’il faille s’opposer a priori au mensonge du Père Noël. Attention toutefois. Beaucoup de parents utilisent le Père Noël, donc leur mensonge, comme prétexte pour orienter les comportements de l’enfant. « Si tu es sage, si tu manges ta soupe, le Père Noël va t’apporter plus de cadeaux ». C’est limite d’un point de vue éthique, surtout si l’on franchit encore un cap en le formulant de manière plus négative encore en expliquant à l’enfant que s’il n’a pas de meilleures notes à l’école, il n’aura pas de cadeaux à Noël. Ici, l’argument du conte ne tient plus et le Père Noël devient une menace. Il faut reconnaître que ça perd un peu de son charme !

Propos recueillis par Christine Sanchez pour daron