Depuis le rachat de la Maison aux Idées par Disney en 2009, les questions d’héritage et de filiation semblent régir l’ensemble du Marvel Cinematic Universe (MCU). S’appuyant sur une galerie de personnages de pères tour à tour étouffants ou absents, défaillants ou responsables, protecteurs ou manipulateurs, bienveillants ou monstrueux, Marvel a fait le choix de construire toutes ses histoires – sans exception – autour de la confrontation aux figures paternelles. Un moyen aussi ingénieux qu’audacieux de s’adresser à la fois aux pères, élevés aux comics et à la pop culture – qui constituent la base de leur public – et à leurs enfants, dans le but de poser les fondations d’un imaginaire partagé et intergénérationnel, qui assurera le succès pérenne des franchises.

 

Et si le chaînon manquant entre tous les films de l’Univers Cinématographique Marvel (le MCU pour Marvel Cinematic Universe) était le rapport au père ? Plus précisément, les liens qui unissent les super-héros avec leur propre ascendance – et/ou leur descendance – qu’ils soient de l’ordre de l’héritage, de la filiation, du traumatisme ou de la mort (symbolique ou non) du père. Pour se faire, le studio a délibérément et systématiquement placé ces relations Père/fils et Père/fille au cœur de ses intrigues. Le but ? Créer une passerelle intergénérationnelle entre ses différents personnages, s’en servir comme base scénaristique (confortable et récurrente, le fils va devoir s’affranchir du père pour s’assumer en tant qu’homme et à fortiori en tant que héros), mais aussi, entre les différents publics auxquels s’adressent les films. Une théorie qui prend encore plus de poids à l’aune de la décision du studio de faire de Thanos et de l’arc Infinity, la véritable pierre angulaire de tout le MCU, du moins ses trois premières phases. Même les caméos de Stan Lee, et ses apparitions dans tous les films, dans des situations improbables et décalées, interrogent sur le rôle que le studio veut symboliquement leur donner, au delà du clin d’œil ou d’une quelconque obligation contractuelle : marque de respect pour le papa – créateur des super-héros ou mise en abyme du père – chaperon qui veille au grain sur sa progéniture ?

Le But ? Créer une passerelle intergénérationnelle entre ses différents personnages, s’en servir comme base scénaristique (confortable et récurrente, le fils va devoir s’affranchir du père pour s’assumer en tant qu’homme et à fortiori en tant que héros), mais aussi, entre les différents publics auxquels s’adressent les films.

Une obsession disneyienne

Depuis le rachat de Marvel, les acquisitions de La Fox et de LucasFilm (et de sa franchise Star Wars) et du retour de Pixar dans son giron, Disney a considérablement conforté sa position dans le cinéma de divertissement familial. Un règne désormais sans partage qui s’inscrit dans une stratégie de suprématie totale pour mettre la main sur un catalogue gargantuesque de héros et de sagas déjà existantes qui ont marqué, marquent et marqueront encore longtemps des générations de fans. À charge de la concurrence (Warner Bros et Universal / Legendary Pictures en tête) de ramasser les miettes, le temps de développer d’autres franchises ou univers cinématographiques lucratifs (films du DC Universe, adaptations de jeux vidéos, films de monstres, etc. ). Histoire d’enfoncer le clou, Marvel a annoncé une phase IV littéralement cosmique, abandonnant le territoire désormais trop limité de la Terre et l’ancrage au réel, pour la science fiction pure et le Space Opera. Un virage amorcé dès Avengers  (avec la bataille de New-York et l’invasion Chitauri) et Les Gardiens de la Galaxie 1&2, avant Avengers : Infinity War, monstrueux film choral mettant en scène la quasi totalité des héros Marvel face à un seul ennemi extraterrestre, Thanos. Après Hela et Ego, on ne sait pas si le studio ambitionnait vraiment d’imposer le titan fou comme le plus grand méchant de l’histoire du cinéma, rôle jusqu’ici dévolu dans l’imaginaire collectif à (l’indétrônable ?) Dark Vador. On se posera la même question au prochain (Les Éternels ? Galactus ? Adam Warlock ? Les Skrulls ? Ou bien Crâne Rouge, Fatalis ? Thanos devant vraisemblablement disparaître à la fin d’Avengers 4), même si la question de la surenchère est désormais clairement posée ( après la déesse de la mort et une planète vivante, peut-on en effet aller “ raisonnablement“ au-delà d’un vilain capable d’éliminer 50% de tout l’univers vivant d’un seul claquement de doigts ?). L’analogie ne s’arrête d’ailleurs pas là. Dans un bel esprit Corporate, Marvel multiplie désormais les références à Star Wars dans ses films. C’est plutôt drôle quand Ned (Jacob Batalon) et Peter Parker (Tom Holland) construisent l’étoile noire en Lego dans Spiderman : homecoming (la scène du collège «Join me and together, We’ll build my new LEGO Death Star» puis celle de la chambre de Peter, où Ned découvre son identité… et laisse tomber l’étoile noire ! ). C’est plutôt malin quand Spiderman fait référence à Star Wars Episode V : l’Empire Contre attaque dans la bataille de l’aéroport dans Captain America : Civil war. Carrément dispensable dans la scène de l’hologramme de Nebula dans Avengers : Infinity War,  clin d’œil trop appuyé au message délivré par R2D2 à Leia dans Star Wars Episode IV : Un nouvel espoir. 

Ici, la fonction psychologique est évidente : le fils se détache d’une figure paternelle finalement pas si irréprochable que cela, et choisit sa propre voie en s’affranchissant du passé pour endosser et assumer son rôle de héros. 

Mais au delà de l’anecdote, Marvel va aller jusqu’à réinterpréter une des scènes les plus emblématiques de la saga de George Lucas, la rédemption de Vador, climax final de Star Wars Episode VI : Le retour du Jedi. À une sacrée différence près. Là où Vador / Anakin parvenait à s’échapper du côté obscur pour sauver son fils Luke de l’Empereur qui veut le tuer après avoir tenté en vain de le corrompre, Thanos (Josh Brolin) dans Avengers : Infinity War  fait le choix d’accepter de sacrifier « ce qu’il a de plus précieux », soit sa propre fille Gamora (Zoe Saldaña) pour acquérir la pierre de l’Âme. Et perdre ainsi ses derniers soupçons d’humanité, avant le claquement de doigt final. Dans les comics, le titan Thanos est rejeté par les siens et écarté de la succession de son père à la tête du peuple des Eternels, à cause de sa laideur. Bien décidé à se venger, il signe alors un pacte avec la Mort, dont il tombe amoureux, pour se lancer dans son entreprise folle d’éliminer la moitié de tout l’univers. On sied gré à Marvel Studios de nous avoir épargné le couplet On avait dit pas le physique, en effaçant ainsi toute trace du trauma paternel de Thanos dans l’intrigue. 

Tuer le père

Car de trauma, il est déjà beaucoup question dans le MCU. À part Gamora donc, peu de héros ont une famille connue (Captain America, Doctor Strange, Black Widow, le Banner / Hulk incarné par Mark Ruffalo, etc.). Et quand c’est le cas, elle est souvent à l’origine de l’évènement dramatique qui va dicter, impacter ou justifier leurs actions (Iron Man, Star-Lord, Gamora et Nebula). Odin, Hank Pym, Scott Lang et Clint Barton sont les seuls à avoir des enfants naturels,  Gamora et Nébula étant les filles adoptives de Thanos, Loki celui d’Odin, et Star-Lord est élevé par Yondu. À ce titre, la représentation de l’adoption dans le MCU est plutôt troublante. Les enfants adoptés sont à chaque fois des prises de guerre et entretiennent une relation d’amour / haine assez dérangeante avec ce père monstrueux qui les a élevé et maltraité. Ils n’auront ainsi de cesse de se venger en tentant de le tuer. Mais finiront par renoncer, incapables d’éliminer celui qui leur a fait tant de mal, mais qu’ils aiment malgré tout. Pour Hawkeye (Jeremy Renner), on découvre qu’il a une famille au cours d’une scène pour le moins surréaliste d’Avengers : L’âge d’Ultron. La disparition prévisible de celle-ci suite au geste de Thanos, et l’impact qu’aura cette perte sur le héros (un changement d’incarnation plus sombre, Hawkeye devenant Ronin) devrait être l’un des arcs importants d’Avengers 4, d’autant que le personnage était l’un des rares absents d’ Avengers : Infinity War. 

Mon père, ce salaud

L’un des éléments scénaristiques choisi, de manière quasi systématique, est de faire chuter les pères de leur piédestal, en révélant des éléments cachés de leur passé. L’image de modèle parfait et infaillible sur lequel s’est appuyé le héros (et le spectateur) au début des films se fissure à mesure que le passé douteux ou les révélations sur leurs anciennes activités peu recommandables ressurgissent, sur le mode Nos pères ne sont décidément pas ceux que l’on croit. Thor découvrira que le vénérable Odin menait en fait des conquêtes génocidaires avec sa fille Hela. Dans Black Panther, T’challa (Chadwick Boseman) découvre que son père a tué de ses mains son propre frère, plutôt que de lui donner un procès équitable pour trahison, comme il a ostracisé et supprimé toute forme d’opposition politique dans son pays. Scientifiques à l’égo surdimensionné, Hank Pym ou Tony Stark ont vu (plus ou moins consciemment, avant de décider d’y mettre fin) leurs inventions leur échapper au profit des applications militaires et du SHIELD (et donc d’HYDRA, l’organisation criminelle qui a infiltré et manipulé pendant des décennies l’agence de renseignement américaine ) ou faire la richesse des marchands d’armes, plutôt que de garantir la paix. Au passage, ces activités feront des victimes collatérales parmi leurs collaborateurs, comme le père d’Ivan Vanko / Whiplash (Mickey Rourke dans Iron Man 2) pour Stark, ou celui d’Ava Starr / Ghost (Hannah John-Kamen dans Ant-man et la Guêpe) pour Pym. La fonction psychologique est ici évidente, le fils se détache d’une figure paternelle finalement pas si irréprochable, et choisit sa propre voie en s’affranchissant du passé pour endosser et assumer son rôle de héros. Mais ces révélations permettent également souvent d’expliquer et de comprendre (parfois même de justifier en partie) les motivations des personnages de vilain,  dont le destin a été brisé par les pères des héros, comme Eric Killmonger (Michael B.Jordan dans Black Panther). Leur point commun ? Leur principal moteur est la vengeance contre ces personnages que le mensonge a érigé en modèles, mais qui pour eux ne sont que des criminels impunis responsables de la mort de leur propre père. Sans leur intervention, leur vie aurait été toute autre et ils n’auraient vraisemblablement jamais endossé de carrière criminelle. Le passé est finalement soldé dans des scènes de rédemption finales où le vilain meurt de la main du fils (Killmonger par T’challa, Vanko par Stark). Le héros peut alors perpétuer l’héritage de son père, affranchi de ses méfaits. 

IRON MAN : Winter(soldier) is coming

D’héritage, il est surtout question dans la relation aussi complexe que compliquée qu’entretient Tony Stark (Robert Dooney Jr) avec son père Howard (Dominic Cooper pour les scènes dans les années 40, John Slattery lorsque Tony est adulte). Tony vit dans l’ombre de son père pendant de longues années, se comportant en gamin irresponsable pendant ses études, ce qui a le don d’exaspérer Howard, cf la scène de flashback dans Captain America : Civil War où Tony utilise la technologie BARF (Binarily augmented retro framing) à base d’hologrammes pour revivre le passé et faire face à ses parents le jour de leur mort. Si les deux hommes se ressemblent beaucoup, leur conception de l’utilisation de la technologie qu’ils ont inventé diverge. À la mort de son père, Tony hérite d’un empire aux contours plus ou moins recommandables. Il décide de mettre fin aux activités de marchands d’armes du groupe, quand il apprend que c’est Stark Industries qui a financé les activités terroristes du groupuscule responsable de son enlèvement, commandité par Obadiah Stane (Jeff Bridges), ancien bras droit de son père, dans le but de prendre les rennes de la société. Dans Captain America : Civil War, Tony apprend que c’est Bucky Barnes aka le Soldat de l’hiver (Sebastian Stan), meilleur ami de Steve Rodgers / Captain America (Chris Evans), alors manipulé par HYDRA, qui est à l’origine de la mort de ses parents, de son trauma et de la brouille entre les deux Avengers. Au début d’Avengers : Infinity War, Tony confie à Pepper (Gwyneth Paltrow) son rêve d’avoir un enfant. Un arc autour du désir de paternité, à venir dans Avengers 4, si on en croit la rumeur et une déclaration de Gwyneth Paltrow qui a annoncé les personnages mariés et parents dans le prochain opus. Mais une thématique déjà présente quand Tony se prend d’affection pour Harley Keener le gamin qui le sauve dans Iron Man 3, ou avec Peter Parker. Symboliquement, il réalise même déjà ce souhait en créant Ultron. Si dans les comics, Ultron est le fruit d’une expérience ratée d’Hank Pym, le MCU a fait de l’intelligence artificielle indestructible une création de Stark. Un changement d’origine qui souligne bien la proximité voulue entre les deux héros. Mais permet aussi d’étoffer le côté sombre du personnage de Tony Stark. Originellement conçu à des fins humanistes, Ultron désobéit à Stark sur la manière d’arriver à ses fins (défendre l’humanité contre ceux qui la menacent) et décide d’anéantir toute l’espèce humaine. Au faîte de sa puissance, dans un effet miroir avec son créateur, Ultron verra en son “fils“ le synthozoïde Vision (Paul Bettany) l’aboutissement de son évolution. Ce dernier le détruira à la fin du film après avoir décidé lui-aussi une autre voie que la sienne. CQFD.

ANT-MAN : Family business

 

De filiation, il est également beaucoup question dans Ant-Man, première véritable saga familiale du MCU. Le premier opus raconte l’histoire croisée de deux pères de famille, Hank Pym (Michael Douglas) et Scott Lang (Paul Rudd) qui tentent tous deux de récupérer leur fille pour reconstruire leur famille. Le film met ainsi en scène deux modèles de famille dysfonctionnelle, l’une séparée (Lang), l’autre monoparentale, après la disparition de la mère (Pym). Dans les deux cas, à la fin des films, les cellules familiales se recomposent : Scott se rapproche de Hope (Evangeline Lilly) la fille de Pym. Son ex-femme Maggie (Judy Greer), la mère de Cassie (Abby Ryder Fortson) se remarie avec le policier Paxton (Bobby Cannavale). La scène de repas final du premier film est à ce titre, un vrai modèle de happy end de comédie familiale. Avant de penser sauver le monde, il faut donc d’abord sauver les gens que l’on aime, ce que Pym n’a pas réussi à faire avec son épouse Janet, mais aussi son héritage partagé entre Hope (sa fille), Darren (Corey Stoll, son futur gendre, scientifique malveillant qui deviendra le Yellow Jacket) et Scott (super-héros et futur petit-ami de sa fille). L’un des enjeux de Ant-man et la Guêpe est de retrouver Janet (Michelle Pfeiffer) perdu dans le microverse depuis 30 ans. Le film démarre après les évènements de Captain America : Civil War. Assigné à résidence, sans contact avec les Pym recherchés par les autorités à cause de lui,  Scott a du mal à assumer  ses responsabilités. Papa poule divorcé en liberté surveillée, il est tiraillé entre son devoir de super-héros et sa vie de famille. Dans ce deuxième opus, qu’il signe cette fois entièrement ( après avoir repris les rênes du premier après le départ d’Edgar Wright) Peyton Reed fait de la relation père / fille le cœur de l’intrigue de Ant-man et la Guêpe, en introduisant également le personnage d’Ava Starr / Ghost, dont le père Elihas Starr est mort en tentant de prouver qu’il n’est pas un traitre.

Autre ancien collègue de Pym, qui valide la théorie que Pym est un scientifique égotique pas si bienveillant que cela, Bill Foster (Lawrence Fishburne) jouera les pères de substitution pour Ava, à la fois moteur et garde-fou de sa vengeance, quand elle envisage d’enlever Cassie, la fille de Scott comme monnaie d’échange. On peut se demander si Marvel Studios continuera à miser sur le rapport père / fille dans cette franchise, en faisant de Cassie, la fille de Scott, la future dépositaire du costume d’Ant-man, comme cela a été le cas dans les comics. 

LES GARDIENS DE LA GALAXIE : Au nom des pères 

Outre le personnage de Drax (Dave Bautista) qui cherche à venger la mort de sa femme et de sa fille tués par Ronan l’inquisiteur aux ordres de Thanos, la question de la paternité est également au cœur des deux films Les Gardiens de la Galaxie, et même l’enjeu principal du deuxième opus. Non seulement parce qu’elle concerne l’origine du personnage principal, Peter Quill /Star-lord (Chris Pratt), mais surtout parce qu’elle affecte tout autant l’ensemble des membres de l’équipe (Drax donc, Gamora avec Thanos, Rocket Raccoon avec Groot). Peter Quill est enlevé par Yondu le jour de la mort de sa mère. Si le premier film laisse imaginer un rapt crapuleux par les maraudeurs, on apprend dans le second opus, que c’était en fait pour le sauver de son père Ego (Kurt Russell) qui a tué la mère de Quill. Quand il s’invente un père idéal, Quill puise dans l’imaginaire collectif des années 80 pour lui donner la tête de David Hasselhoff, un choix clin d’œil aux fans de la série des années 80, et aujourd’hui dans la salle avec leurs enfants. Les Gardiens de la Galaxie 2 joue sur l’ambivalence des sentiments du fils envers son père “biologique“ (même si dans ce cas précis, la naissance de Star-Lord en défie les lois) et son père adoptif.

Ainsi, le personnage de Yondu (Michael Rooker) se révèle au regard des révélations de l’intrigue, le plus beau personnage de père du MCU, préférant l’opprobre et la mise au ban de la première équipe des Gardiens de la Galaxie pour ne pas laisser l’enfant aux mains d’Ego. Il se sacrifie même littéralement pour sauver Star-Lord, retrouvant ainsi son honneur. Malgré cette révélation, on peut penser que cette thématique sera au cœur du prochain opus de la franchise, à travers le destin de Gamora et de Thanos, mais aussi celui de Groot. Répondant à des questions de fans, le réalisateur Peter Gunn a récemment révélé que Baby Groot n’était pas la résurrection de Groot, mais bel et bien son fils (« First groot is dead. Baby groot is his son ! ») Toujours sur Twitter, le réalisateur confirmera également que le dernier mot prononcé par Groot avant de disparaître dans Avengers : Infinity War  est «Dad». Une déclaration en forme d’épitaphe à l’attention de Raccoon qui aura joué les pères de substitution en élevant Baby Groot après le sacrifice de Groot.

Les Gardiens de la Galaxie 2 joue sur l’ambivalence des sentiments d’un fils envers son père “biologique“ (même si dans ce cas précis, la naissance de Star-Lord en défie les lois) et son père adoptif.

THOR : À Thor et à travers…

La relation entre Thor, Loki et Odin est particulièrement compliquée. Impétueux et arrogant, le Dieu du Tonnerre (Chris Hemsworth) ne mérite pas selon son père Odin (Anthony Hopkins) de diriger Asgard. Il l’exile donc sur Terre privé de ses pouvoirs pour qu’il apprenne l’humilité. Dans les comics, il le rend même infirme, prisonnier de l’identité mortelle du Dr Donald Blake, pour le pousser à montrer plus d’empathie et de compassion envers les plus faibles. Pour autant, Odin ne confie pas le trône à son demi-frère Loki (Tom Hiddleston). Car ce dernier n’est pas le fils naturel d’Odin, il a été adopté après la défaite et la mort de son père Laufey, le roi des géants des glaces de Jötunheim. Lorsqu’il apprend ce passé trouble, Loki nourrit une haine incommensurable envers son frère et son père, essayant constamment de leur nuire et de les tuer. Dans Thor : Ragnarok, les deux frères vont se rapprocher et rejoindre leur père au seuil de la mort, dans une scène de rédemption assez bancale ( cf celle de Yondu). Les deux frères apprendront en effet plus tard que le Père des Dieux n’est décidément pas un saint, et qu’il n’a pas loin s’en faut,  à être célébré pour sa noblesse, au regard de ses crimes passés. Loki et Thor sauveront ensemble leur peuple face à Héla (Cate Blanchett). Dans Avengers : Infinity Wars, Loki se sacrifie, tué par Thanos devant les yeux impuissants de Thor. 

(Loki) n’est pas le fils naturel d’Odin, il a été adopté après la défaite et la mort de son père Laufey, le roi des géants des glaces de Jötunheim. Lorsqu’il apprend ce passé trouble, Loki nourrit une haine incommensurable envers son frère et son père, essayant constamment de leur nuire et de les tuer.

BLACK PANTHER Wakanda, ton univers impitoyable

En guise de présentation, avant son propre film, le personnage de T’Challa / Black Panther (Chadwick Boseman) apparaît pour la première fois dans Captain America : Le soldat de l’hiver, assistant impuissant au meurtre de son père T’Chaka dans un attentat perpétré aux Nations Unies par Zemo. Dans Black Panther, T’challa revient donc au Wakanda pour prendre la succession de son père à la tête du pays. Le Wakanda n’est pas un petit pays pauvre du Tiers monde comme le pense l’opinion publique mondiale, mais une puissance à la technologie très avancée, qui peut compter entre science et magie, sur ses gisements de Vibranium et le pouvoir ancestral des guerriers Black Panther. Au cours des étapes de sa conquête du trône, il va se rendre compte que son père n’est pas aussi irréprochable qu’il le pensait, apprenant sa responsabilité dans le meurtre du père de Killmander, créant ainsi les conditions du chaos à venir. Loin d’être le roi exemplaire qu’il semblait être, c’est un monarque prêt à tout pour préserver son pays et ses richesses des tentations extérieures, mais aussi son trone. Au cours de son règne, il aura longtemps fait espionner les grandes puissances mondiales avec des agents secrets prêts à tout pour garder le secret de l’existence du Vibranium. 

SPIDERMAN : Crises d’ado

Pour son retour au sein du MCU, après la trilogie de Sam Raimi et les deux Amazing, les scénaristes de Spiderman : Homecoming ont fait le choix de ne pas exploiter (pour le moment, en tous cas) l’arc autour des parents de Peter Parker (Tom Holland) pour privilégier les codes du College movie. Exit également l’oncle Ben qui a élevé Peter dont il est indirectement responsable de la mort et qui entraine la décision de devenir un héros (le grand pouvoir et les grandes responsabilités, on connait la maxime). Seule reste Tante May (Marisa Tomei) sacrément rajeunie pour l’occasion. Deux autres très importantes figures paternelles omniprésentes dans l’univers du tisseur (y compris dans les deux premières versions ciné) disparaissent également : Norman Osborn et son fils Harry, Bouffon vert de père en fils, et le capitaine Stacy, commissaire de police et père de Gwen. Pour Spiderman : Homecoming, les scénaristes ont imaginé Tony Stark en père de substitution, qui va recruter, former et lancer Spidey dans le grand bain, avec un nouveau costume et un chaperon, Happy Hogan (Jon Favreau). Stark essaie tant bien que mal de cadrer l’ado de 14 ans à chacune de ses sorties, jusqu’à la scène finale d’Avenger : Infinity War et le désormais fameux «Je suis désolé». Plus tôt dans le film des frères Russo, l’adolescent désobéit à Stark, quand celui-ci cherche à le mettre à l’abri de l’explosion du vaisseau, puis le sauve en utilisant comme dans Captain America : Civil War, une scène d’un “vieux film“ (Alien, après Star Wars Episode V : L’empire contre-attaque). Un clin d’œil au public adulte, comme dans ce vrai teen-movie qu’est Spiderman : Homecoming avec la référence à la scène de course de La Folle journée de Ferris Bueller, LE film référence de la génération X, sorti en 1986.

Côté vilains, le choix se porte sur Adrian Toomes alias le Vautour (interprété par Mickael Keaton) dont les origines sont également rebootées. Une nouvelle fois, c’est dans le rejet de Stark et de sa manière de faire après les évènements de New York que naît la rancœur du méchant. Privé de ses activités de chantier, Toomes justifie ses actes criminels par le fait qu’il doive subvenir aux besoins de sa famille. Dans les comics, Toomes comme d’autres vilains (DrOctopus par exemple) cherche à un moment où un autre à draguer Tante May et ainsi prendre un ascendant sur l’adolescent, quitte à endosser le rôle de père adoptif. Ici, comme un clin d’œil, c’est Stark qui va user de son charme sur May pour entrer en contact avec Peter. Dans le film, pour Stark et Peter, la relation repose sur un Je t’aime / moi non plus d’un ado avec son père. Stark justifie même son intérêt pour Peter parce son propre « père n’a jamais vraiment été derrière moi pour m’encourager. Je voulais briser le cycle avec toi… ». D’espoirs déçus, il est aussi question quand Peter découvre en arrivant chez sa petite amie Liz pour le bal de promo que le Vautour est son père. De son côté, Toomes apprendra l’identité secrète de Peter au cours d’une scène de révélation plutôt cocasse dans la voiture qui les emmène à la fête. Dans le combat final, Spidey sauvera le Vautour qui en retour, ne révèlera pas son identité secrète à ses comparses en prison.

 Plus tôt dans le film des frères Russo, l’adolescent désobéit à Stark (…), puis le sauve en utilisant comme dans Captain America : Civil War, une scène d’un “vieux film“ (Alien, après Star Wars Episode V : L’empire contre-attaque). Un clin d’œil au public adulte, comme dans ce vrai teen-movie qu’est Spiderman : Homecoming, avec la référence à la scène de course de La Folle journée de Ferris Bueller, LE film référence de la génération X, sorti en 1986. 

Cette question de la paternité, omniprésente dans les déclinaisons cinématographiques estampillées Marvel se pose d’ailleurs tout autant dans les autres franchises du studio en marge du MCU. Parfois, cela tourne au fiasco comme avec Magneto, pourtant l’un des plus intéressants personnages de père. Dans les comics, Magneto est le père des jumeaux Maximoff, Pietro et Wanda alias Quicksilver et Scarlet Witch. Dans la franchise X-men en cours, Magneto ( Michael Fassbender) n’est que le père de Pietro qui connait cette filiation, hésitant à lui annoncer au cours du combat final de X-men : Apocalypse. Dans la storyline MCU, ce lien avec Magneto est purement et simplement balayé, les jumeaux devenant le fruit des expérimentations d’Hydra. Difficile de comprendre comment un tel gâchis a été possible, d’autant qu’il semble bien difficile d’imaginer un retour en arrière,  sous forme d’un nième reboot avec le récent rachat de la Fox. De même, l’espoir est quasi nul de voir un jour Charles Xavier (Patrick Stewart) apparaître comme le père de David Charles Haller alias Legion (Dan Stevens) dans l’excellente série de FX, les deux univers semblant définitivement séparés. 

Hugo Gaspard