LE MOUTARD #3 : LES COURSES AU SUPERMARCHÉ

Oubliez Koh-Lanta. La dernière aventure humaine, c’est le supermarché en famille le samedi à 15h. Et n’espèrez pas gagner de collier d’immunité. Une fois la porte automatique franchie, vous n’aurez plus aucune chance d’y échapper…

15H. GROSSE PROMO SUR L’ANGOISSE – PREMIÈRE ÉPREUVE : L’ARRIVÉE SUR LES LIEUX 

Sur le parking du supermarché, la sensation est aussi rassurante qu’un lâcher d’hélico en vol stationnaire, au dessus d’un lagon infesté de Piranhas. Le premier mot qui vient à l’esprit, c’est «Pourquoi». Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? Pourquoi, alors qu’ils étaient tranquillement lobotimisés devant la 32 000ème rediffusion de leur épisode pA référé de la Pat Patrouille, avez-vous voulu emmener votre marmaille faire les courses ? Un samedi. Au supermarché. À 15 heures. «Prêt à plonger dans l’action ? ». Sauf que, vous, là, maintenant, à l’arrière de votre voiture, il n’y a pas de gentils petits toutous, mais deux Pit-bulls. Et pas contents en plus.

15H15. LE CADDIE DE MES SOUCIS – DEUXIÈME ÉPREUVE : LA RÉUNIFICATION ๏ 

Souder son équipe, c’est la base, surtout quand on s’apprête à lutter pour sa survie. Cela pourrait même être un gage d’efficacité, de rapidité et de réussite, si l’ensemble des participants y mettait de la bonne volonté. Bon, ne rêvons pas. Ici, l’idée, c’est plutôt de trouver le moyen d’empêcher Numéro 2 de courir partout sans l’attacher (faute de corde), tout en gardant un œil sur numéro 1 cantonné à un périmètre restreint à portée de falzar. Bref, il vous faut un caddie. Et vite. 

15H30. MAIS À QUI EST CET ENFANT ? – TROISIÈME ÉPREUVE : LA COURSE D’ORIENTATION  

Vos débuts sont absolument remarquables de dextérité et de maitrise. Les paquets de rouleaux de toilette virevoltent dans les airs, les boites de conserves s’entrechoquent et les bouteilles tintinnabulent sans fracas, imitant le refrain de We are the Champions à chacune de vos accélérations. Aucune fausse note donc, d’autant que les deux concentrés de nitroglycérine que vous avez reconnu à la maternité n’ont pas le temps de dire Ouf. Mais là, c’est le drame. Le couac. La reprise d’Oasis par Grégoire. Grisé par le succès qui vous tendait déjà ses petits bras douillets, c’est l’excès de confiance. Ou le moment d’inattention, suite à l’intervention intempestive de la truculente Olga, démonstratrice de son état, costume traditionnel Alsacien porté haut et fier, hurlant les mérites (et la promotion) de la choucroute en mode Assurancetourix. La sanction est immédiate. Bien que vous maîtrisiez parfaitement la typologie des lieux, en tournant à droite au niveau des slips, au lieu de bifurquer à gauche au niveau des bières, vous voilà au beau milieu du rayon confiseries ! Autrement dit, en enfer. Vous cherchez fébrilement le regard de vos enfants, dans l’espoir, aussi fou que vain, qu’ils n’ont rien vu. Dans leurs yeux, effectivement, rien, le vide intersidéral, Les Ch’tis vs les Marseillais. L’overdose est proche : hurlements, filet de bave et roulade arrière avec réception aléatoire près de la pile des pots XXL de pâte à tartiner. Strike.

16H. C’EST L’HEURE DE PASSER À LA CAISSE – QUATRIÈME ÉPREUVE : LES POTEAUX ๏ Tant bien que mal, après vingt minutes de négociation, de discours sur la responsabilité – et l’achat de 2 paquets de cartes Pokemon – direction la caisse. Devant vous, se dressent des présentoirs poteaux remplis de paquets de chewing-gum et de babioles inutiles. Fraicheur de (sur)vivre… Il faudra bien un jour que quelqu’un se penche sur les raisons objectives qui poussent les gérants de supermarché à installer, au bout du parcours du combattant, ces sémaphores à emmerdes, si ce n’est pour faire craquer les parents. La vengeance est un plat qui se mange froid. Numéro 2 l’a bien compris, lui qui n’a pas (encore) eu de cadeau. À la manière d’un ancien des forces spéciales, votre petit The Rock jumpe de son caddie, salto avant avant de se jeter à son tour à terre pour réclamer à corps et surtout à cris, des bonbons, bien aidé par les hurlements de Numéro 2 qui vient de découvrir qu’il a la carte Pingoleon en double. Deuxième round. Mais les autres clients autour de vous le savent, le KO est proche. Et quand éreinté, vous fracassez le paquet de CHOCAPIC sur le tapis roulant, renversant les céréales par centaines autour de vous, vous vous sentez seul. Vous êtes seul. Oui, mais avec 20 personnes qui attendent leur tour derrière vous à la caisse, vous regardent, vous plaignent, vous jugent. Allez, c’est bon, on se casse. 

16H15. VIGILE N’EST PAS LE NOM D’UN POÈTE – ULTIME ÉPREUVE : LE CONSEIL  ๏ Alors que tout indiquait que votre calvaire touchait (enfin) à sa fin, l’intervention inopinée d’un agent de sécurité taille XXL met un point final à vos espoirs de repos. Et quand ce cerbère, sosie non officiel de Bruce Willis, vous somme de vous expliquer sur le désordre provoqué depuis votre arrivée, tout en vous assénant de précieux conseils d’éducation, la moutarde qui vous monte au nez finit par se retrouver étalée sur le sien. S’en suit alors une rencontre non homologuée de MMA sous les hourra de vos enfants, et les yeux incrédules de vos voisins de palier, qui eux non plus, n’ont visiblement rien d’autre de mieux à foutre le samedi que d’aller à CARROUF. Une démonstration de force dont vous ne sortirez évidemment, ni vainqueur ni grandi. Oubliez votre rêve de photo élogieuse en Une de L’équipe. Votre portrait tuméfié ira rejoindre ceux des autres parents blacklistés derrière le guichet de sécurité. Les aventuriers de la tribu réunifiée du supermarché ont décidé de vous éliminer, et leur sentence est irrévocable : Vous quittez l’aventure, expulsé manu militari du supermarché. On ne vous y reprendra plus. 

 


CONCLUSION 

Fallait pas les emmener faire les courses. La prochaine fois, on commande en ligne. Et tant qu’à faire, on peut pas les mettre sur ebay, les gosses ? Non ?