GENRE, t’es un vrai mec…


Amis progressistes, qu’on se le dise, la “théorie du genre“ est ré-vo-lu-tion-nai-re. Si, si. Parce que c’est la toute première théorie de l’histoire des idées à se passer de théoricien ! Ladite “théorie“ a entre autres germé dans l’esprit papal – pas exactement un scientifique donc – en réaction à l’expérimentation à l’école en 2013/2014 des ABCD de l’égalité (1) de Najat Vallaud-Belkacem. Ce qui avait alors mis en boule sa Sainteté, c’était que ces ABCD visant à lutter dès le plus jeune âge contre les stéréotypes de genre se piquaient, selon elle, plus subrepticement de sonner le glas de l’ordre hétérosexuel et de la famille nucléaire… Rien que cela ! Et comment donc ? Toujours selon le Vatican, applaudi des deux pognes par de truculentes créatures recyclées de la Manif pour tous, il s’agissait d’introduire l’idée dans les cerveaux tout frais émoulus, qu’il n’y aurait pas véritablement de différence entre un homme et une femme. Bon, c’est là que ça sert, parfois, d’être allé un tout petit peu à l’université, ou au moins à la bibliothèque, ou au moins sur internet, c’est-à-dire qu’en fait, il est assez facile de se renseigner si vraiment on a les jetons des conséquences sur la survie de l’espèce humaine d’un programme éducatif de niveau maternelle et élémentaire. Car si le genre existe bel et bien et désigne précisément l’ensemble des différences non biologiques entre les hommes et les femmes, en aucun cas il ne constitue une théorie et donc n’appelle de contre-théorie l’une comme l’autre destinées à être enseignées. En jargon de thésard, c’est ce que l’on appelle un concept, et ce que de nombreux chercheurs ont en revanche, grâce à lui, abondamment permis de documenter ces quarante dernières années, notamment dans le cadre des genders studies, c’est le poids des préjugés, à savoir de ce que l’on attend spontanément d’un enfant du seul fait de son appartenance à tel ou tel sexe. A cet égard, on mentionne souvent l’autocensure des petites filles à se projeter dans une carrière scientifique, mais les petits garçons sont eux-aussi victimes de l’assignation des rôles au sein de notre société très marquée par son héritage judéo-chrétien. On leur offre des pistolets en plastique pour qu’ils deviennent de bons petits killers, janissaires en Stan Smith aspirants licornes ou simples soldats du capitalisme, ça ira bien aussi pourvu qu’ils répondent positivement et avec force transpiration à l’injonction de gagner la croûte du foyer. Et que dire du “lobby catho-tradi des jeux et jouets“ cantonnant les filles au maternage, à la popote et au ménage, si ce n’est que de toute évidence le ridicule ne tue pas le business. Ce que l’on objective très bien également, ce sont les inégalités persistant entre hommes et femmes, du niveau de rémunération à qualification égale à la répartition des tâches ménagères, et contrevenant au principe d’égalité inscrit dans  la  Constitution. Sans prôner l’indifférenciation des sexes, on peut donc légitimement vouloir s’affranchir de stéréotypes sexués conduisant à la reproduction d’inégalités séculaires. à l’immaculée conception de la science, pour le moins opportune s’agissant d’une religion qui réserve à la femme un rôle subalterne, il semble ma foi plus raisonnable d’opposer sciences humaines et sociales et éducation, notamment à l’école. Cette même école qui, lorsque l’enfant est malade, appelle systématiquement la mère… Ajoutons que contrairement aux apparences, l’arnaque, ici, n’est pas que pour les femmes. Les hommes, supposés incapables ou disons moins capables que ces dernières, se voient ni plus ni moins dépossédés de leur paternité, ce qui peut être mal vécu quand on a à cœur d’élever pleinement ses enfants et que l’on ne se contente pas d’un baiser syndical en rentrant du bureau à 20h. Et si l’on ne remet pas en cause leur virilité, ces pères d’aujourd’hui ont encore bien de la chance ! Il est grand temps d’évoluer et cela passe autant par nous, parents, que par les bancs de l’école de la République. Tout ça pour dire, Najat, que si tu reviens, on n’annule pas tout.

(1) Les ABCD de l’égalité ont été affinés et intégrés dans un large « Plan d’action pour l’égalité entre filles et garçons » consultable sur le réseau Canopée (www.reseau-canope.fr) qui fourmille de références et d’outils pédagogiques pour les enseignants et les parents.


Sandra de Vivies est journaliste spécialisée littérature & idées, avec un tropisme pour les questions interculturelles : immigration, identités multiples, Europe… et les modes de vie émergents. Daronne de quatre enfants, elle ne mange pas d’animaux, mais retrouve aisément l’usage de ses canines en cas de présence prolongée d’opposants politiques.