PRETURBATEURS ENDOCRINIENS : LA DOSE NE FAIT PAS LE POISON

ENQUÊTE : Soucieuse d’expliquer, d’alerter et de conseiller les citoyens en attendant que les pouvoirs publics ne prennent les choses en main, la biologiste et endocrinologue Barbara Demeneix, spécialiste mondiale des perturbateurs endocriniens et conseillère scientifique sur Demain, tous crétins ? signe un ouvrage ressource, accessible et pratique sur la question.

Souvent lorsque l’on pointe la dangerosité d’un produit, surgit rapidement l’argument scientifique qu’il n’est absolument pas nocif dans des proportions infinitésimales. Mais ce ne serait pas valable concernant les perturbateurs endocriniens, pourquoi ?

Barbara Demeneix : Il y a deux raisons principales à cela. La première c’est que la dose ne fait pas le poison et qu’avec les perturbateurs endocriniens, les effets peuvent être parfois plus importants à très faible dose que dans des proportions élevées. La seconde, c’est qu’on ne peut pas parler de faibles doses, puisque nous sommes tous exposés dans notre environnement à un cocktail de substances nocives. Lesquelles agissent ensemble pour brouiller les informations entre les cellules.

« Avec les perturbateurs endocriniens, les effets peuvent  être parfois plus importants à très faible dose que dans des proportions élevées » Barbara Demeneix

Quels sont les autres arguments des industriels pour minimiser l’impact des polluants chimiques en matière de santé ?

Barbara Demeneix : Ils donnent des arguments qui défient le bons sens. Comme ceux qui appellent à relativiser, au prétexte que le café ou l’alcool agiraient comme des perturbateurs endocriniens dans certaines proportions. Sauf que ce n’est pas pour rien que l’on déconseille déjà l’alcool et trop de café aux femmes enceintes. Ce sont des substances auxquelles les enfants n’ont pas accès et dont il est de notoriété publique qu’elles sont mauvaises pour la santé en excès. Puis on parle là de huit tasses de café par jour, soit d’une consommation excessive pour n’importe qui et pas seulement pour les populations les plus vulnérables. Quoiqu’il en soit, il ont beau minimiser, il existe un consensus chez les trois principales sociétés d’endocrinologie ( dont la société d’endocrinologie européenne et la société européenne d’endocrinologie pédiatrique), pour dénoncer la proposition de la commission Européenne sur des critères jugés trop laxistes, d’identification des perturbateurs endocriniens.

Face au risque majeur que représente la contamination par ces polluants, de femmes enceintes carencées en iode, vous avez des préconisations a priori simples à mettre en œuvre. Quelles sont-elles ?

Barbara Demeneix : Idéalement, il faudrait qu’une femme qui programme d’avoir un enfant fasse une prise de sang avant d’être enceinte pour doser sa TSH et s’assurer ainsi du bon fonctionnement de sa thyroïde. Dans un second temps, il faudrait que l’on évalue en tout début de grossesse – voire même avant – par de simples analyses d’urine, le taux d’iode des femmes enceintes. Ce serait très peu coûteux pour la sécurité sociale et cela permettrait de réduire considérablement, par la prescription d’une complémentation en iode pour les femmes carencées, le risque d’altération du développement cérébral du fœtus. Il faudrait que cela soit systématique, mais en attendant, une patiente peut faire elle-même la démarche et demander à son médecin de lui prescrire ces examens.

À lire : 

Cocktail toxique, Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau, de Barbara Demeneix aux éditions Odile Jacob (2017).

 

© Mathieu Persan pour daron

© Mathieu Persan pour daron

COSMÉTIQUES, L’APPLI QUI SAUVE ! 

Même bien informé, il existe tant d’ingrédients, de molécules et de dérivés, qu’il est bien difficile de choisir un produit sain au rayon cosmétique à la seule lecture de son étiquette. Heureusement, de plus en plus d’outils sont à disposition pour vous prémunir contre la dangerosité de certains cosmétiques. Ainsi, Clean Beauty est une application gratuite téléchargeable sur votre smartphone. Ingénieuse et facile d’utilisation, elle permet en prenant en photo la liste des ingrédients qui entrent dans la composition du produit, d’extraire les éventuels allergènes ou perturbateurs endocriniens qu’ils contiennent. Les composants qui font l’objet d’une quelconque inquiétude s’affichent alors, permettant au consommateur qui le souhaite de faire son choix en toute connaissance de cause et éventuellement d’en savoir plus. Toutes les explications sont accompagnées de la source scientifique dont elles émanent. Un outil indispensable pour les parents qui veulent se protéger des largesses du Règlement Cosmétique Européen, qui autorise la mise sur le marché de très nombreux ingrédients soumis à controverse, dont tout un tas d’agents chimiques suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. 

Appli Clean Beauty, disponible sur Androïd et  iTunes. www.officinea.fr