PUNITION vs CONSÉQUENCE

Controversée et pointée du doigt par les tenants de la psychologie positive, la punition n’a plus vraiment la côte. Dès lors, comment faire pour que son enfant accepte et respecte votre autorité ? 

Si chacun s’accorde sur l’importance de cadrer les enfants en leur fixant des limites, infranchissables et nécessaires à leur construction, de plus en plus de spécialistes de la petite enfance conseillent aux parents de ne plus sanctionner ou de recourir à la punition. Bref, d’abandonner ce (mauvais) réflexe très ancré, car considéré aussi inefficace que défavorable au bon développement de la personnalité de son enfant. À force, le parent peut même éprouver le sentiment culpabilisant d’avoir (ab)usé de violence psychologique à l’égard de son enfant après l’avoir puni. Or, si punir, en plus d’envoyer du négatif à l’enfant, ne présente pas de réelle efficacité éducative (voire s’avère carrément contre-productif), pour la plupart des parents, cela se justifie moins par exaspération que par la volonté de recadrer l’enfant et de lui inculquer des valeurs ou un savoir-vivre. On punit donc pour enseigner ce qui est bien ou mal, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Bref, on punit quand on prend son rôle d’éducateur à cœur, pour que l’enfant se saisisse de ce principe fondamental à son épanouissement social : sa liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et les limites, règles intangibles que les adultes établissent, sont là pour le guider. L’idée serait donc remplacer le modèle galvaudé de la punition par l’application d’une conséquence. À la différence de la punition, celle-ci permet à l’enfant de mesurer l’impact de ses actions sur ce qui l’entoure et lui donne l’occasion par une nouvelle action (la conséquence donc), de réparer, reconstruire ou plus grand, de réfléchir pour éviter de la reproduire. Ainsi, si votre enfant s’amuse dans son bain chaque soir en arrosant toute la salle de bains, le priver de télé (punition) risque de ne pas enrayer le phénomène. Lui apporter un seau et une serpillère, en lui expliquant que puisqu’il a sali la pièce, c’est à lui de la nettoyer (conséquence) devrait l’aider à comprendre l’enjeu. On optimise ainsi ses chances de ne pas le voir réitérer le lendemain. Ou le surlendemain, s’il est vraiment taquin… Pour être réellement constructives, et à la différence des punitions, les conséquences doivent être claires, logiques, constantes et en cohérence avec le caractère inadapté de ce comportement dont vous ne voulez plus. S’il casse, mieux vaut qu’il répare plutôt que de l’isoler dans sa chambre pendant que vous effacez toute trace du méfait. S’il jette son camion préféré contre le mur dans un accès de colère, retirez lui l’usage de celui-ci pendant quelques minutes, quelques heures tout au plus s’il est grand. Car pour être efficace, la conséquence ne doit pas durer trop longtemps, au risque de l’oublier, de fléchir et donc de ne pas l’appliquer pleinement. Il est néanmoins parfois plus difficile de trouver la juste conséquence. Dans Le Psycho-guide de la discipline paru en août dernier aux Éditions de L’homme, Suzanne Vallières conseille alors, dans « le cas où l’enfant est très excité » et ne redescend pas, un temps de réflexion, un « retrait pour un temps limité (deux à cinq minutes maximum), afin qu’il puisse se calmer et réfléchir au comportement inadéquat qu’il a eu. » L’aider à se poser donc, mais sans l’isoler. En privilégiant « un endroit où l’enfant est en notre présence et se sent en sécurité. » Car un isolement total est susceptible d’engendrer une détresse émotionnelle, qui au lieu d’aider l’enfant à penser ses actes, l’enfonce et le bloque sur sa séparation forcée d’avec son parent en colère. La psychologue nous met d’ailleurs en garde « Les conséquences ne doivent survenir que si l’enfant enfreint une règle dont il est conscient. Chaque enfant évoluant différemment, on s’adapte alors au niveau de pensée de celui-ci en n’appliquant pas de conséquence lorsque l’enfant contrevient à une règle dont il ignorait l’existence». À méditer.