LE SCANDALE DES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS : URGENCE SANITAIRE

ENQUÊTE. Imprégnés, imbibés, contaminés… Les études s’accumulent et les résultats, pour le moins alarmants, révèlent un besoin urgent de réagir. Car c’est un fait, nous sommes cernés par les perturbateurs endocriniens (PE) qui agissent en chacun de nous comme de discrets, mais violents petits infiltrés. Désormais, on sait même qu’ils nous abêtissent carrément, en occasionnant une baisse généralisée du quotient intellectuel (QI) de nos enfants. 

© Mathieu Persan pour daron

Certains perturbateurs endocriniens seraient à l’origine d’une baisse généralisée de l’intelligence humaine depuis 1990.

Ils sont dans la mousse du matelas sur lequel on dort, dans le téléphone que l’on a toute la journée contre l’oreille, dans l’anti-ride que l’on applique chaque matin sur son visage, dans la couche qui couvre les fesses de nos bébés, dans les aliments que l’on ingère, sur certains vêtements que l’on porte, en ville, à la campagne et jusque dans le sang des ours blancs… Bref, les perturbateurs endocriniens sont partout ! Un peu d’ailleurs, comme si l’on considérait qu’ils étaient finalement bons pour notre santé, pour notre développement, ou encore, pour cette intelligence “supérieure“ sur laquelle repose a priori notre civilisation. Sauf qu’il n’en est rien. La question donc, de laisser les industriels utiliser des perturbateurs endocriniens dans leurs produits pour les disséminer ensuite dans le monde entier, en plus d’être un scandale sanitaire d’une ampleur inouïe, revient pour l’humanité, à foncer droit dans le mur.

USURPATEURS D’HORMONES

Nous possédons tous des glandes utiles, dites endocrines parce que les hormones qu’elles secrètent vont directement dans le sang. Essentielles à notre organisme, ces hormones sont des messagers chimiques qui s’accrochent à des organes cibles pour en réguler le fonctionnement. Le problème des perturbateurs endocriniens, c’est qu’ils ont une structure et des propriétés chimiques si proches de celles de nos hormones, qu’ils peuvent se faire passer pour elles. Dès lors qu’ils pénètrent dans notre corps, les perturbateurs endocriniens se substituent donc à nos hormones en s’amarrant à leur place aux récepteurs des organes cibles. En résumé, ce sont des agents chimiques susceptibles d’interférer avec le système hormonal, y compris à très faible dose. Leur truc ? Enrayer la machine en imitant nos hormones, pour attenter subrepticement au fonctionnement bien huilé mais très délicat, de l’ensemble de notre organisme. Si nous sommes évidemment tous vulnérables à la pollution chimique, Barbara Demeneix, spécialiste mondiale des perturbateurs endocriniens explique que « les femmes enceintes, surtout en début de grossesse » et parce que « le bon fonctionnement des hormones s’avère essentiel à la croissance du fœtus », le sont davantage encore. Elle déclare encore que « chez les adultes, notamment les personnes âgées, les hormones thyroïdiennes jouent un rôle important car elles permettent de maintenir la plasticité du cerveau. En cas de dérèglement, elles peuvent être associées à la dépression, la perte de mémoire et même des maladies neurodégénératives. » Sans surprise, il s’agit donc de porter une attention plus particulière aux femmes enceintes, aux enfants et aux personnes âgées.

UNE BOMBE SANS RETARDEMENT

Infertilité, puberté précoce, malformations congénitales, cancers hormono-dépendants, diabète, obésité, troubles du développement, maladies neurodégénératives, ou encore inversion de la courbe du quotient intellectuel… La bombe des perturbateurs endocriniens n’est pas à retardement. Silencieuse et invisible, elle implose en nous et explose tout autour, en ce moment et depuis déjà plusieurs décennies. Ici, pas de théoricien du complot et personne qui ne tienne à empêcher qui que ce soit d’utiliser du déodorant. Mais des études scientifiques qui s’amoncellent et convergent vers une seule et même réalité glaçante : ces agents chimiques auraient des effets profondément dévastateurs sur la santé, le développement et même l’intelligence de nos enfants. Comme le révèle le documentaire Demain, tous crétins ? en altérant la production ou l’action des hormones thyroïdiennes, certains perturbateurs endocriniens seraient à l’origine d’une baisse généralisée de l’intelligence humaine depuis 1990, constatée dans plusieurs pays occidentaux en prenant notamment le quotient intellectuel (QI) comme référent. Un constat qui s’accompagne en outre, d’une hausse phénoménale du nombre d’enfants présentant des troubles du comportement et du développement cognitif.

CONSOMMATEURS ENQUÊTEURS

Comment lutter ? Ou plutôt comment se prémunir et tenter de préserver nos enfants des effets dévastateurs des perturbateurs endocriniens ? Pour commencer, il faut s’informer régulièrement, n’avoir aucune confiance dans les produits commercialisés et consommer un minimum. S’armer d’outils (applications comparatives comme Clean Beauty pour les cosmétiques, documents informatifs à télécharger sur des sites valables comme projetnesting.fr, ou pour aller plus loin, l’ouvrage Cocktail toxique de Barbara Demeneix) est un bon moyen de faciliter une démarche fastidieuse, qui implique d’enquêter quotidiennement sur la composition de ce qui nous entoure. Les parfums d’intérieurs ou cosmétiques contenant des parfums, les traitements anti-bactériens, les produits d’entretien non bio (le fait maison serait encore le mieux : avec de la soude, du vinaigre blanc et du savon naturel), ainsi que la plupart des éléments en plastique  seraient à bannir. On pourrait aussi adopter de bons gestes : privilégier une alimentation non transformée, locale et labellisée AB, laver les vêtements que l’on achète avant de les porter, ne pas réchauffer de boisson ou de nourriture au micro-onde dans des contenants en plastique, rincer tous les jouets lavables des enfants avant de les leur remettre, nettoyer son intérieur une fois par semaine et l’aérer deux fois 5 minutes chaque jour, penser à aérer sa voiture également, éviter les cuissons au barbecue, etc. Pour nos plus petits enfin, attention aux matériaux choisis pour repeindre ou préparer leur chambre, comme aux produits qu’on leur met sur la peau. Du liniment bio permet de pratiquer bien des soins et l’on sait, notamment depuis les révélations faites début 2017 par le magazine 60 millions de consommateurs, combien il faut être vigilant à l’égard des couches qu’on utilise. De nouvelles marques qualitatives débarquent d’ailleurs sur le marché (Lillydoo, Joone…) avec un positionnement «sans perturbateur endocrinien» et les couches Love and Green et Mots d’enfants ultra-confort ( en version non écologique ! ) de Leclerc ont à l’époque été bien notées. Quoiqu’il en soit, faute de pouvoir compter sur des règlementations strictes, c’est sans doute à nous consommateurs, de ne pas oublier quel pouvoir nous avons et d’agir en conséquence, pour en finir avec cette idée qu’il est normal que les enfants grandissent dans une atmosphère saturée de dangereux polluants chimiques.

Christine Sanchez Gaspard

À lire :

Perturbateurs endocriniens : Intelligence en péril – Demain tous crétins, le documentaire choc !

Perturbateurs endocriniens, la dose ne fait pas le poison – Interview de l’endocrinologue Barbara Demeneix, grande spécialiste de la question