LE MOUTARD #2 : LA FÊTE D’ANNIVERSAIRE

1. LIMITER LA DURÉE DE LA TORTURE

Une des choses que les papas redoutent le plus  – avec la sortie piscine de l’école en plein hiver – c’est le moment où le petit annonce vouloir fêter ses 6 ans à la maison avec tous ses copains. Bref, c’est le week-end, mais il va falloir se taper un goûter d’anniversaire XXL. Pas sûr que sans alcool, la fête soit plus folle… Car un anniversaire d’enfant, c’est comme un salto arrière en célébration FIFA, ça ne s’improvise pas. Inutile d’essayer de l’en dissuader, vous n’y couperez pas, votre petit dictateur a déjà gagné. En le menaçant de mettre des brocolis au menu toute la semaine, vous parviendrez néanmoins à négocier les termes de votre reddition. Premier point d’achoppement : le nombre E-X-A-C-T de participants. Après d’âpres hostilités, à mi-chemin entre les accords de Yalta et un Conseil de Koh Lanta, la liste des impétrants est réduite de moitié. Votre parfaite maîtrise de Photoshop finira d’en dissuader trois ou quatre autres, grâce au carton d’invitation orné du portrait sanglant du clown Grippe-Sou, désigné animateur de la sauterie. Mais cette victoire à la Pyrrhus sonne déjà le glas d’une défaite cuisante.

2. LIMITER LE NOMBRE DE PARTICIPANTS

Car pour tenir le choc face à l’armée qui s’annonce à vos portes, il faudrait être Spartiate. Ou 300. Ou les deux. Dans le camp d’en-face, ils sont 13, aucun d’eux ne fait plus d’un mètre 20 au garrot mais tous sont capables de désosser Teddy Riner. Le 50/50 épuisé, un seul joker encore en stock : l’appel à un ami. Sauf que là, non, plus d’amis, mais un principe : une fête d’anniversaire, c’est chacun pour soi. « Ce serait teeeeeellemmment sympa qu’ils aient toute l’après-midi pour jouer ensemble. Ils sont teeeeeellemmment contents de se retrouver…» No way. Deux heures, pauses pipi et goûter inclus, pas une seconde de plus ! Capice ? Sachant que 20 minutes passées dans la même pièce qu’une douzaine de gnomes de six ans surexcités va vous faire perdre une année d’espérance de vie – le double, s’il n’y a que des garçons – faites le calcul, plus de deux heures, c’est la mort assurée à la fin de l’après-midi.

3. LE SUCRE SERA TON PIRE ENNEMI

Entre l’animation à base de jeux bien pourris et le service loin d’être au top, pas le temps de chômer, à peine sauvé par les réminiscences de formation BAFA commencée avant J-C et le souvenir de cet été 1986 à faire paître les chèvres… L’heure tourne, certes, mais pas assez vite. Ça pique. Et déjà, plus de bonbons. Le budget friandise du jour dépassait pourtant le PIB du Bangladesh. Il faut dire que chez l’enfant, l’abus de sucre a des vertus insoupçonnées. Les scientifiques appellent ça l’effet Pantani, parce que c’est en se gavant de fraises tagada qu’il aurait fait la montée de l’Alpe d’huez en moins de 40 minutes… 16h30, la tension est (un peu) retombée dans la foulée de votre moral et du soufflé que vous aviez préparé. Mais c’est toujours au moment où l’on baisse la garde que survient le KO. En MMA, c’est via un bourre-pif. En MAM (Mon anniversaire maison), c’est ce cri lancé à travers la pièce qui vous donne le coup de grâce : « C’est quand la chasse au trésor ? »

4. SUPPLICE DE TANTALE

Là, alors que vous pensiez avoir tout prévu, condamné une pièce de votre appartement pour y planquer l’essentiel de vos bibelots, l’ouragan Katerina, du nom de la petite voisine du 5ème, vient de dévaster votre appartement. Good point : la clause de catastrophe naturelle ajoutée à votre assurance Habitation. Bad point : la police ne couvre pas les frais d’hospitalisation du chat, suite à son baptême de base-jumping depuis le 6ème étage. Arrive le point d’orgue de la fête : le moment tant attendu de l’ouverture des cadeaux. Dans un effort de solidarité bien ordonné, chacun se voit alors remettre son petit sachet de cochonneries aromatisées au Bisphénol A et de breloques en plastique cancérogène toutes plus laides et inutiles les unes que les autres.C’est moche, mais ça vous a fait gagner dix bonnes minutes de plus.

5. STRESS POST TRAUMATIQUE

17h. Premier coup de sonnette libérateur. Fin du Club Med. Le contraste est saisissant. D’un côté, vous en GO, cheveux ébouriffés, yeux rougis et voix cassée. De l’autre, les GM, les parents, mine plus resplendissante qu’après une intraveineuse de botox. Vous faites bonne figure, mais personne n’est dupe. Rassurez-vous, la honte change rapidement de camp. Quand l’un d’eux demande, perfide, si tout s’est bien passé, espérant le faux-pas, les enfants se jettent dans vos bras, et vous remercient pour la meilleure fête d’anniversaire de tous les temps. Les mystères du syndrome de Stockholm… De votre côté, entre soulagement et compassion, il ne vous reste plus qu’à prononcer officiellement l’heure de votre décès. Sauf qu’il est 17h30, et que c’est l’heure du bain de numéro 2. Joie.


CONCLUSION

La fête d’anniversaire, fallait pas l’organiser !

Et dire qu’il va falloir recommencer l’année prochaine. En attendant, à qui le tour ?

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