AFFREUX, SALCH ET MÉCHANT

« Eric Salch salit tout  ! » C’est son pote Manu Larcenet qui le dit dans un face à face hilarant avec le père de son pote dans Les Branleurs, cadavre très exquis écrit à quatre mains autour de l’angoisse de la page blanche. Entre deux Lookbook, paragon d’humour trash, jouissif et premier degré où il dézingue à tout va les tribus et stéréotypes contemporains, Salch signe un récit autobiographique férocement drôle où il met en scène son quotidien de père divorcé, livré à lui-même et à l’ennui pendant des vacances en Corrèze. Il découvrira que si la vie de famille n’est pas un long fleuve tranquille, elle prend tout son sens quand on se balade sur un Petit chemin caillouteux. 

Dans Le petit chemin caillouteux, tu racontes tes vacances en Corrèze avec tes enfants. Ton personnage est bienveillant et aimant, mais aussi complètement débordé, comme quand il laisse par exemple, ses mômes jouer toute la journée à la “Play-stécheune“, parce qu’il n’arrive pas, ou parce qu’il a la flemme de leur proposer autre chose. En grossissant ainsi le trait, tu avais envie de donner une image décomplexée du père divorcé ? 

ERIC SALCH : Franchement, il n’y a pas de message. Ce ne sont que des anecdotes que je raconte parce que ça me fait marrer. Dans mes livres, quand ça parle de moi, tout ce que je dis est vrai. Je vis un truc, je le dessine et après, je le mets dans mes bédés, voilà. L’été dernier, pendant les vacances chez ma tante, j’avais une vague idée de départ de ce que je voulais faire. Une sorte de cahier de vacances, ça devait même être le titre du bouquin. Mais un peu comme ce truc chiant qu’on essaie de faire faire tout l’été à ses gosses pour se donner bonne conscience et qui marche jamais, je n’y arrivais pas !

Extrait de Le Petit Chemin Caillouteux (Fluide Glacial) © Eric Salch

Comment as-tu fini par trouver l’inspiration ? 

Je me suis forcé à me mettre au taff, en m’imposant de faire une page par jour. Au début, je n’avais aucune idée, je ne savais pas quoi faire. Comme je n’avais rien d’autre à faire dans ce bled en Corrèze, j’ai pris une chaise et que je suis allé dessiner dans la nature. Et puis, j’ai fait ce dessin de petit chemin et je l’ai trouvé vachement bien ! Après, tout au long des vacances, j’ai eu envie de retrouver ce petit moment de grâce, où j’avais réussi à dessiner le petit chemin caillouteux et c’est venu ! Chez moi, l’ennui c’est vraiment un moteur. On raconte ça dans Les Branleurs. Souvent, tu te mets devant ta planche à dessin, et… tu attends que ça vienne ! Avec moi, c’est comme ça que ça se passe…

Pourquoi avoir choisi la couleur directe ? 

Au départ chez ma tante, j’ai tout dessiné sur des carnets. Quand je suis rentré, j’avais vraiment la flemme de retourner à l’ordinateur pour mettre en couleurs et refaire les noirs. Tu vois, c’est toujours la même chose ! L’aquarelle, ça m’a permis de garder ce coté vrai. Ce n’est pas parfait, mais on s’en fout. Je voulais quelque chose qui soit vivant, que ça ressemble à un vieil album de Reiser.

Tes enfants, ils en pensent quoi ?

Ils sont fiers d’être dans le bouquin. En même temps, je suis plutôt gentil avec eux, même quand je me moque de leur coupe de cheveux à la PNL. Les meufs cool, que j’ai fait après mon divorce, c’est différent. Ce n’était pas une période facile à vivre ni pour eux, ni pour moi. Du coup, le livre est plus sombre, plus difficile, avec en plus, ce côté un peu tragique de la séparation.

Pour le Lookbook au moins, les choses sont plus simples. On est dans le dézingage en règle !

Pour moi, c’est du gros défouloir au premier degré. C’est ce qui me fait marrer et je pense que c’est la même chose pour ceux qui lisent. Après Les Meufs Cool , j’en avais marre de me dessiner. Le LookBook, c’était une façon de détourner la caméra. Tout a commencé quand j’ai dessiné un hipster, avec la barbe et les tatouages. J’ai publié le truc sur Internet juste comme ça pour me marrer, et ça été tout de suite le gros carton. Au final, que les gens aiment ou détestent, je ne réagis jamais aux commentaires négatifs ou positifs. Je dessine, je ne commente pas, c’est de la perte de temps. C’est du premier degré. Je dis souvent que je ne fais pas dans la caricature sympa, mais dans la violence gratuite. Pour moi, le Lookbook, c’est un peu comme le zapping de l’année des stéréotypes qui exaspèrent. L’inspiration pour le coup, tu la trouves plus facilement : tu as juste à regarder la télé ou les gens dans la rue !  

 

Extrait de Lookbook(Fluide Glacial) © Eric Salch

 

À lire :

Lookbook © Salch / Fluide Glacial

Lookbook 2 © Salch / Fluide Glacial

Le Petit chemin caillouteux © Salch / Fluide Glacial