PAPA, J’AI PEUR !

Cris, gorge nouée, recroquevillement, paralysie, frissons, sueurs, palpitations… Que ce soit la nuit après un cauchemar anxiogène, au bord d’une piscine, à l’approche d’un animal perçu comme inquiétant, devant un dessin animé aux méchants antipathiques, avant un spectacle ou un contrôle à l’école, la peur a mille et une occasions d’atteindre l’enfant dès son plus jeune âge, et parfois pour toute la vie. Explications du phénomène et de ses mécanismes, pour nous aider à trouver des réponses appropriées.

Aujourd’hui, les parents ont de plus en plus tendance à vouloir préserver coûte que coûte et de manière instinctive, leurs enfants de ce qui leur fait peur. Une réaction naturelle et a priori pleine de bon sens, face à une émotion inquiétante, désagréable et parfois hors de contrôle. Sauf que, vouloir empêcher son enfant d’avoir peur est non seulement une bataille perdue d’avance, mais c’est aussi oublier que la peur possède, comme toute émotion, une utilité.

QU’EST-CE QUE LA PEUR ?

À l’instar de la joie, la colère ou la tristesse, la peur appartient aux émotions de base, primitives et innées. Un bruit, une image ou une situation particulière peuvent être le stimulus à l’origine de la peur. En mettant notre cerveau en état d’alerte, l’amygdale cérébrale ( un noyau en forme d’amande situé dans le lobe temporal du cerveau) libère une hormone aux effets puissants, l’adrénaline, qui va avoir un rôle sur nos émotions et notre conditionnement. Souvent désagréables, ces symptômes permettent néanmoins d’identifier sa peur (ou celle de son enfant), et donc, de réagir en conséquence. La dilatation des bronches et l’oxygénation des muscles et du cerveau, aident par exemple à prendre des décisions rapides, et le cas échéant, à prendre la fuite face à une menace imminente. La peur prévient d’un danger éventuel, qui n’est pas en train de se produire, mais dont l’individu pense qu’il pourrait survenir. Cette émotion subjective d’anticipation sert donc initialement à assurer la survie, quand bien même celle-ci n’est pas toujours réellement en jeu. Après que l’adrénaline ait commencé à agir dans le corps, l’amygdale envoie l’information au cortex sensoriel (la vue, l’ouïe…), qui va permettre d’analyser la menace, de l’évaluer et de prendre, en fonction, la décision qui s’impose. Bien gérée et vécue dans une juste proportion, la peur s’apparente d’ailleurs à un trac stimulant, encourageant petits et grands à se surpasser, à obtenir de bons résultats, à réussir une audition, etc. La peur n’a donc rien d’une ennemie, et apprendre à un enfant à la reconnaître comme telle, et à l’apprivoiser pour en faire un atout peut considérablement l’aider à se construire, bien armé pour toute sa vie.

LA SURPROTECTION, UN MAUVAIS RÉFLEXE NATUREL

Confrontés à la peur d’un enfant, les adultes auraient de mauvais réflexes, souvent liés à leurs propres peurs, ancrées et viscérales. Et parmi elles, leur peur de la peur elle-même ! Pour commencer, le parent devrait donc prendre du recul en intégrant que la peur n’est pas une menace en soi, mais bien une émotion protectrice ! Ainsi débarrassé d’une empathie potentiellement débordante, le parent ne va ni exagérer, ni nier ou minimiser la peur de son enfant. Un autre réflexe parental consiste à rationaliser. Mais c’est sans compter sur l’immaturité du cerveau de l’enfant, car comme l’écrit Isabelle Filliozat, autrice, psychothérapeute et formatrice très investie en faveur du développement de la parentalité positive,« quatre ans (…) est un âge où foisonnent les images mentales, où l’enfant ne sait pas encore faire la différence entre le réel et l’imaginaire ». Aussi, vous pouvez lui dire qu’il n’y a pas de serpent à sonnettes dans sa chambre au 6ème étage d’un appartement en ville, s’il l’imagine, il aura vraiment l’impression qu’il y en a un ! Sans abandonner un enfant à ses peurs et surtout sans jamais l’exposer de force à l’objet de sa peur, il convient de s’empêcher d’être dans une surprotection qui empêche de puiser en soi, les ressources pour agir et faire face. Il a peur ? Sur le coup, vous pouvez bien entendu tenter de le rassurer en privilégiant un contact physique et court (Isabelle Filliozat conseille de ne pas y passer plus de 15 secondes), avant de l’inviter à formaliser sa peur. La mise en mots ou sur papier avec un dessin, peut ensuite servir de point de départ à un cheminement, dont il doit être l’acteur. Car c’est en agissant qu’il va pouvoir réellement vaincre l’une de ses peurs et engranger de la confiance en ses propres capacités de gérer une émotion aussi vive et angoissante. C’est ainsi qu’il en ressort grandi, fort d’avoir réussi à apprivoiser son stress pour retourner à un sentiment de sécurité.

QUAND LA PEUR FREINE

Il arrive toutefois que les peurs (paniques devant un insecte, un chien, etc.) deviennent excessives, envahissantes et conséquemment inhibantes. Pour Isabelle Filliozat, « une anxiété exagérée est une combinaison de surestimation du danger et de sous-estimation de ses capacités à faire face ». Aussi, répondre à de tels blocages demande de trouver un juste équilibre, en ne tombant ni dans l’écueil d’un évitement prolongé, ni dans celui d’une confrontation directe. Il s’agit d’écouter avec tendresse, de redonner confiance à l’enfant en lui rappelant par exemple, les peurs qu’il a déjà surmontées par le passé et de l’informer, de lui donner des clés sans le brusquer. Si un enfant a peur des chiens, il va se sentir plus fort s’il engrange des connaissances sur le fonctionnement de l’animal et le comportement à adopter face à lui. Il pourra ensuite réfléchir à l’attitude qu’il faut avoir, dessiner l’objet de sa peur, puis accompagné d’un adulte, dans un contexte serein et sans doute sur un petit modèle pour commencer, s’y confronter progressivement en essayant de reproduire ce qu’il a appris. Si malgré tous vos efforts et les outils déployés (voir page 26), les peurs de votre enfant persistent et font obstacles à son bien-être, n’attendez pas pour en parler à un professionnel de santé.

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