Demain, tous crétins ? le documentaire qui associe perturbateurs endocriniens et déclin de l’intelligence

Demain, tous crétins ? bande annonce ARTE www.demaintouscretins.com from YUZU Productions on Vimeo.

Demain, tous crétins ? le documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade à voir sur Arte le 11 novembre met en lumière l’impact néfaste des perturbateurs endocriniens sur le développement cérébral et donc, sur l’intelligence. Terrifiant. 

Selon l’enquête menée par les documentaristes, des études réalisées depuis plusieurs décennies dans plusieurs pays occidentaux montrent de manière concordante une baisse préoccupante, généralisée et non négligeable ( – 2 points de QI par décennie en Finlande depuis 1990 ) du quotient intellectuel (QI). Une chute d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une explosion du nombre d’enfants présentant des troubles cognitifs (troubles de l’attention et d’hyper-activité et troubles du spectre autistique). En Californie, on a mesuré 600 % d’augmentation des cas d’autisme entre 1990 et 2001. Une hausse trop impressionnante pour n’être qu’imputable à une meilleure démarche diagnostique ou d’éventuelles carences en iode des mères. D’autant que certaines recherches établissent une nette corrélation entre la proximité des femmes enceintes avec des épandages de pesticides et un risque accru de donner naissance un enfant présentant un QI moindre et / ou des troubles du développement. Le documentaire remonte aux années 60 et la découverte d’un lien entre crétinisme, dérèglement de la thyroïde et carence en iode, avant de s’arrêter aux années 70 où datent les premières alertes sur le danger que représentaient les PCB (famille de perturbateurs endocriniens) pour la santé de nos enfants ! Face à l’inertie des pouvoirs publics et le lobbying intensif des industriels, les scientifiques valident pourtant l’argument – pour le moins cynique- que l’économie elle-même n’a pas intérêt au déclin de l’intelligence. En octobre 2016, la biologiste et endocrinologue Barbara Demeneix faisait déjà part de cette réalité à Libération : « Avec cinq autres chercheurs, américains et européens, nous avons publié en 2015 une étude qui évalue le coût économique en Europe des effets de seulement trois de ces produits chimiques (…) en lien avec cette baisse de QI et avec l’augmentation des maladies neuro-développementales. Nous sommes arrivés au chiffre énorme de 157 milliards d’euros par an. » À bon entendeur… La santé de nos enfants n’étant visiblement pas un argument suffisant pour faire interdire les perturbateurs endocriniens, espérons que l’argument économique aura davantage d’impact sur nos politiques.

Christine Sanchez Gaspard

Des dizaines de molécules chimiques altérant le fonctionnement hormonal ont été mesurées chez les bébés, dès leur naissance

 » on est en train de sacrifier une génération d’enfants »

Rencontre avec Sylvie Gilman, co-réalisatrice du documentaire Demain, tous crétins ?

Il y a huit ans, vous réalisiez Mâles en péril un documentaire sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur la fertilité masculine. Qu’est-ce qui a attiré votre attention sur les perturbateurs endocriniens ?

Sylvie Gilman : Tout est parti d’une expérience que des chercheurs, Ana Soto et Carlos Sonnenschein, nous ont raconté en 2005. Alors que nous tournions un film sur le cancer, ils nous ont expliqué qu’au cours d’une banale expérimentation, les cellules de contrôle s’étaient mises à proliférer sans raison. Après investigation, ils ont découvert que la contamination venait de leurs boîtes de pétri ! C’est à dire qu’une matière supposée inerte – le plastique- se conduisait comme une hormone. C’était incroyable. À partir de là, ces scientifiques ont concentré leurs recherches sur les perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol A, qu’on trouvait alors dans les biberons. Pour eux, l’exposition à ces molécules est la meilleure piste pour expliquer l’explosion actuelle de cancers hormono-dépendants (cancers du sein, de l’utérus, des ovaires, de la prostate et des testicules, ndlr). C’est donc cet accident de laboratoire qui nous a fait découvrir l’impact des perturbateurs endocriniens. En 2008, quand Thierry de Lestrade et moi avons réalisé Mâles en péril pour Arte, on ne pensait pas faire un autre film sur ce sujet plus tard. Mais lorsque nous avons rencontré la spécialiste de la thyroïde Barbara Demeinex, et qu’elle nous a parlé de ses recherches sur le développement cérébral, nous avons été convaincus qu’un autre film était nécessaire. Car les études s’accumulent depuis ce premier film. Et sommes nous mieux protégés qu’en 2008 ? Non. Les scientifiques sont extrêmement inquiets. Le chercheur américain Tom Zoeller le dit clairement dans le film « Ça ne se voit pas forcément dans la cour de récré, mais on est en train de sacrifier une génération d’enfants ».

La suite de l’interview et notre enquête consacrée aux perturbateurs endocriniens sont à lire dans le numéro #2 de daron

Demain, tous crétins ? un documentaire de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade (France, 2017, 56 mn). Coproduction ARTE France, Yuzu Productions, CNRS Images.

Plus d’infos sur www.demaintouscretins.com