Si le pater familias est bien apparu sous l’Antiquité, difficile d’appréhender – hors du cadre purement juridique – la nature de la relation des pères à leurs enfants à travers les siècles.


Aussi étrange que cela puisse paraître – dans une société inégalitaire qui ne s’est pas encore totalement libérée du patriarcat et de la domination masculine -, les études touchant à la paternité restent assez rares en dehors du champs de la sociologie. Quasi impossible donc de dessiner aujourd’hui les contours d’une histoire du lien père / enfant, sauf à considérer uniquement les lois et les mœurs. Lesquelles ne rendent évidemment pas compte de l’essentiel. Soit de tout ce qui touche à l’intime, à l’affect, à l’éducation, à l’amour et à tout ce que l’homme peut éprouver de manière viscérale lorsqu’il devient père. En consultant la littérature existante, on comprend cependant que la figure aujourd’hui insupportable d’omnipotence du pater familias héritée de l’Antiquité grecque et romaine, vient comme l’écrit Jean-Baptiste Bonnard dans son ouvrage baptisé Le complexe de Zeus. Représentations de la paternité en Grèce ancienne de ce que « les grecs ont conçu le monde idéal sans la femme. » Zeus, Père des dieux et des hommes, aurait d’ailleurs été carrément capable d’enfanter seul la Déesse Athéna. Ce modèle va persister au Moyen Âge puisque selon Anne Verjus ( « La paternité au fil de l’histoire », Informations sociales 2013/2 (n°176), p. 14-22. ), « il n’y a pas de père à proprement parler en dehors du droit, c’est à dire de la reconnaissance de la paternité et du mariage. » Cependant, « la tendresse et les soins au jeune enfant, même avant 7 ans, ne sont pas absents. » Didier Lett, spécialiste de la période, conclut d’ailleurs son article « Pères modèles, pères souverains, pères réels » (1997, Cahiers de recherches médiévales, n°4) de la manière suivante : « Être père au Moyen Âge, c’est se référer à des modèles, avoir un certain pouvoir, aimer et éduquer un enfant, donner son nom, infuser sa culture, produire des ressemblances ; une forme particulière de transmission d’une partie de soi-même, parfois la plus intime. » Les choses ne sont donc peut-être pas aussi tranchées dans les faits, et notamment dans la part que les pères prennent spontanément dans l’éducation de leurs enfants (en rédigeant par exemple des traités d’éducation), que ce que la stricte étude de l’évolution des lois peut laisser paraître. Après que l’Ancien Régime ait considéré qu’il soit possible d’effectuer des recherches en paternité et que la période révolutionnaire prône d’après Anne Verjus, « le bon père de famille, ami de l’humanité, protecteur des faibles dans la famille », le Code civil Napoléonien revient sur toutes les avancées (certes très minces) en la matière. Et réaffirme avec vindicte l’idée que le père n’est autre que le mari de la mère d’un enfant. C’est donc le cadre juridique qui établit et définit encore et toujours la paternité. Une situation qui va cependant s’éroder, le modèle du pater familias se retrouvant peu à peu bousculé et remis en question, voire carrément mis à mal par la loi de 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle. C’est au XXème siècle, que les grandes mutations vont enfin pouvoir avoir lieu, jusqu’à l’apparition progressive de nouveaux modèles paternels, depuis trois décennies. Voire quatre, pour les plus précurseurs d’entre eux.


Ce que dit la loi française :

• Loi du 24 juillet 1889 sur la protection des enfants maltraités ou abandonnés. 

Le Chapitre premier institue la possibilité « de la déchéance de la puissance paternelle ».

• Loi du 16 novembre 1912 sur la reconnaissance judiciaire de la paternité naturelle. 

La loi prévoit des sanctions pénales en cas d’abandon de paternité.

• Loi du 15 janvier 1955 qui oblige la reconnaissance judiciaire des enfants naturels. 

Les analyses sérologiques deviennent envisageables pour prouver la paternité.

• Loi du 4 juin 1970 relative à l’autorité parentale

Art. 372. « Pendant le mariage, les pères et mères exercent en commun leur autorité ». Le partage de l’autorité parentale entre le père et la mère est donc enfin inscrit dans la loi française. Disparition de la notion de « chef de famille »

• Loi du 22 juillet 1987  Sur l’exercice de l’autorité parentale. 

Suppression de la notion de « garde d’enfant » et apport de « l’exercice de l’autorité parentale » et de la « résidence habituelle ».

• Loi du 8 janvier 1993 qui érige l’exercice commun de l’autorité parentale comme principe. 

Une évolution en faveur de la coparentalité, qui répond à la réalité de l’augmentation du nombre de divorce et reconnaît l’intérêt de l’enfant à être élevé par ses deux parents.

• Loi du 4 mars 2002 de redéfinition de l’autorité parentale. 

Renforcement de la coparentalité avec l’institution de la résidence alternée. Suppression de la transmission exclusive du nom du père à l’enfant qui peut désormais porter au choix celui de son père, de sa mère ou les deux noms.


Textes : Christine Sanchez Gaspard • Illustrations © Laurent Claveau pour daron