Dans ce documentaire percutant où le réel est parfois rejoué par des doudous, peluches et autres chaussettes customisées, le Mariage pour tous est appréhendé sous le prisme d’un dialogue intime entre une mère sociologue (Irène Thery) et son fils réalisateur (Mathias Thery). Brillant.

La Sociologue et l’Ourson, c’est la rencontre à l’écran de deux histoires. Celle d’Irène d’abord, directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, sociologue du droit de la famille, de la vie privée et des rapports de genre. Une mère de famille suivie, filmée et interviewée par son fils (son ourson) pendant plusieurs mois, pour s’être retrouvée aux premières loges de la gestation d’une loi qu’elle a encouragée avec autant de vigueur que de conviction, comme spécialiste du mariage, des transformations familiales, des questions touchant au droit des personnes LGBT à la PMA, la GPA, etc. Le combat d’Irène est aussi le portrait intime d’une mère, sociologue investie et ex soixante-huitarde qui s’est paradoxalement retrouvée à défendre le Mariage pour tous alors qu’elle explique appartenir « à la génération qui a voulu s’émanciper de l’obligation de se marier  (…) Ce qui compte c’est le contenu même de la relation. Le mariage, c’est se caser, c’est un rite bourgeois ». Puis, il y a la grande Histoire, celle qui a conduit à la promulgation de cette loi Taubira qui, si elle ne sera au final pas à la hauteur de toutes les espérances, constitue néanmoins une avancée majeure dans la lutte pour l’égalité des droits. C’est l’histoire de ce changement profond de société qu’on nous présente ici, en nous éclairant ça et là de données historiques et de points de vue sociologiques, de façon à ce que les choses s’imbriquent avec fluidité, parfois même avec légèreté, pour ramener douceur, tendresse et clarté sur une période complexe, voire  douloureuse pour beaucoup d’homosexuels. Une période qui a laissé des traces. Le constat d’une recrudescence considérable d’actes homophobes (+40%) à l’issue des débats sur la Manif pour tous a d’ailleurs été établi.

  • Se souvenir des vilaines choses…

« La France a besoin d’enfants pas d’homosexuels ». « L’enfant a besoin d’un père et d’une mère pour grandir en tout équilibre ». « Il n’existera pas un Georges né d’un Albert et d’un Victor, c’est un mensonge ! » « Vous êtes en train d’assassiner des enfants ! » Petit florilège de phrases écrites sur des banderoles, scandées pendant les manifs anti-Mariage pour tous et même prononcées à l’assemblée pendant la (trop) longue période de discussions. Des mots blessants, insultants, repris en nombre dans ce documentaire ultra-chiadé, ingénieux, amusant et étonnamment onirique par instants. Qui décrit avec justesse l’emballement médiatique autour de ces questions. Au fil des débats, le ton monte dans une sorte d’exaltation sordide et un climat d’homophobie latente et incidieuse, dont le vrai visage se dévoile peu à peu, à mesure que l’on approche du but. La Sociologue et l’Ourson (2016) permet donc de se souvenir des vilaines, mais aussi des belles et des grandes choses. Véritable mine de connaissance, le documentaire s’arrête également sur l’histoire du couple, de sa relation au mariage et à la procréation, rappelant au passage, que c’est à un chirurgien écossais que l’on doit l’invention de l’insémination artificielle au XVIIIème siècle. C’est enfin un beau feuilleton sur la génèse d’une loi essentielle, quoique imparfaite, qui met juridiquement fin à des siècles de discrémination envers les couples homosexuels.

Christine Sanchez Gaspard

La Sociologue et l’Ourson (2016), de Étienne Chaillou et Mathias Thery. Disponible en DVD et VOD.