Mauvais sang, mauvais garçons

« Pensée à ma mère » « La mère avant tout »… S’il n’était pas rare de trouver ce genre de maxime célébrant l’amour maternel tatouée sur le corps de bien des mauvais garçons, c’est que l’ancienne génération avait plus souvent de considération pour la daronne – que l’on fait pleurer et qui use sa vie dans les parloirs de prison – que pour le daron, bien souvent aux abonnés absent.

Ou alors, c’est qu’il est dans le « biz » lui aussi. Et là, il s’agit de se faire un prénom, ou plutôt un surnom. Exercice délicat. Chez les truands, tout est à faire de réputation et si papa n’a pas laissé le souvenir d’une bonne mentalité – la fameuse « mentale » censée (pré)dominer dans le Milieu – les autres s’écartent, et le fils d’entamer alors une carrière en solitaire, jamais longue. Quand on évolue au milieu des loups, mieux vaut chasser en meute. «Malheur à l’homme seul» dit l’adage voyou. Dans le cas où papa était une figure, un caïd, il faudra prouver qu’on n’est pas un fils de, faire ses preuves pour être à la hauteur, et même souvent plus. Ceux qui ont suivi cette voie choisissent souvent la version sanguinaire. Un règne par la terreur censé prouver à papa et aux autres que l’on mérite le respect. Une rafale anonyme mettra souvent fin aux prétentions déplacées. Papa peut beaucoup, mais il n’arrête pas les balles…

Le banditisme français n’est pas une affaire de famille.

Ni structure familiale, ni héritage. Rares sont les voyous qui laissent un patrimoine à leur descendance. Les affaires criminelles ne se transmettent pas. Quant à celles qui sont « claires », elles sont rarement à leur nom. Quand la mort arrive, par balles ou plus rarement naturellement, les biens de ces messieurs s’envolent. Confiés à des prêtes-noms que le daron seul ou presque connaissait, ces hommes de paille, fort de cette discrétion, ont tôt fait de les « étouffer » à leur propre profit. Ou alors les affaires sont dévorées par les associés qui se partagent le gâteau. Et si le daron est derrière les barreaux, elles finiront saisies par la justice.

Bref, pour le voyou à la française, fils de truand, peu de chances de compter sur un capital de départ. Mieux vaudrait pour lui être italien, au sein d’une famille mafieuse, là où les fils succèdent à leur père pour reprendre l’entreprise. Et plus particulièrement, au sein de la N’drangheta calabraise, la seule des quatre mafias italiennes où la famille mafieuse est réellement biologique. Chez les « durs »  de l’Aspromonte, les montagnes qui les ont vu grandir, on travaille entre soi, fiston, frères, cousins, neveux… Comme une assurance sur la vie, et un gage de liberté. Peu de Brutus sont prêts à flinguer César pour conquérir le trône. On hésite moins à trahir son sang et les repentis se comptent sur les doigts de la main. Et si, par malheur, le daron tombe et que le fiston est trop jeune pour prendre les affaires en main, la daronne dirigera. Enfin, elle sera la voix de son mari et père de ses fils, dont elle prendra les consignes lors de ses visites… au parloir !

Cet article n’est pas tiré d’un numéro de daron. Il est exclusivement réservé à www.daronmagazine.com

Jérôme Pierrat est journaliste spécialiste des questions liées à la criminalité organisée, auteur et scénariste pour la télévision, notamment des séries Braquo et Panthers sur Canal+. 

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