« C’était mon cadet. Il avait 11 ou 12 ans à l’époque. Il avait pris le Real, avec Ronaldo, et je râlais, car je n’arrivais pas à l’arrêter. J’ai tout fait pour revenir au score, mais sans succès». Ce jour-là, pour Cédric, père de deux garçons âgés aujourd’hui de 13 et 16 ans, l’inimaginable s’était produit : il avait perdu à FIFA contre l’un de ses fils. « Ç’a été une surprise pour moi et j’ai été content pour lui », assure-t-il. Son fils aussi a été ravi, lui qui, maintenant et après avoir d’abord eu le triomphe modeste, a même tendance à le « chambrer ». Pas de traumatisme paternel, donc, mais quand même une petite évolution dans la manière de préparer ses parties de football virtuel contre un ado devenu « plus fort » que lui : « Avant, je prenais une équipe au hasard, avec la fonction aléatoire que je relançais quand ça tombait sur une grosse équipe. Désormais, je fais un peu plus attention à celle que je choisis… »

Pour les papas gamers, c’est un grand moment parfois un peu douloureux : celui où ils sont dépassés par leur fille ou leur fils au jeu qu’ils ont longtemps partagé. Un moment qu’ils attendent tantôt avec espoir, tantôt avec angoisse et souvent avec un subtil mélange des deux. « Lors de notre dernière partie d’Overwatch [un jeu de tir en ligne, NDLR] à trois, je les ai entendus distinctement parler de “boulet”, raconte Julien, père de deux garçons de 8 et 13 ans et fondateur du site internet gamerdepereenfils.fr. Par contre, sans me vanter – mais en fait si –, quand nous jouons à des jeux de baston, j’arrive toujours à l’emporter… pour le moment. Mais cela fait quelque temps que je ne les laisse plus gagner. Je crois que mon vrai coup de vieux, ma vraie crise de la quarantaine viendra quand je ne pourrai plus les suivre. » De son côté, le psychologue Michaël Stora, qui soigne par le jeu vidéo, évoque une discussion avec le père d’un garçon qu’il suivait et qui lui avait avoué qu’il jouait lui aussi, mais à des « jeux d’adulte » comme Civilization ou Flight Simulator. « Je lui ai demandé s’il avait pris le risque de jouer contre son fils, se souvient Stora. Et il m’avait répondu avec une voix quasi-enfantine : “Ça va pas. Il va me gagner.” » Un événement qui aurait probablement été très bénéfique au garçon s’il avait pu avoir lieu. « Du point de vue du développement de l’enfant, c’est génial que le père accepte de perdre, poursuit le psychologue. Vous savez, un garçon devient un homme quand son père reconnaît le héros qui est en lui. Ce sont des choses qui peuvent aussi se jouer dans le jeu vidéo. »

Erwan Higuinen

@ErwanHiguinen

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