Parce que l’intime n’est pas féminin, parce que l’ éducation sexuelle des enfants et des adolescents, c’est comme les tâches ménagères, ça se partage, et parce que certains hommes ont encore du mal à parler – que ce soit entre eux, avec leur partenaire ou avec leurs enfants – de sexualité, de corps, de puberté, de plaisir, de désir ou encore de consentement, Camille Emmanuelle, journaliste et auteur spécialiste des questions de sexualités, tentera chaque mois de répondre à une question sur “la chose“. Aujourd’hui, retour sur un organe encore trop méconnu, le clitoris. 


Soyons honnête. Si vous êtes le père d’un(e) enfant de 11 ans,  il y a plus de chance que celui-ci ou celle-ci vous demande très fort, alors que vous faites tranquilou la queue au supermarché, « c’est quoi une pute ? » plutôt que « c’est quoi un clitoris ?  ». Comment ça, je suis vulgaire ? Mais c’est la réalité voyons. Le clitoris, et avec lui le désir féminin, ne sont pas des sujets de cours d’écoles. Il a d’ailleurs longtemps été zappé des cours d’éducation sexuelle. Ce n’est que cette année, grâce aux éditions Magnard, que la représentation de l’anatomie complète du clitoris est présente dans un manuel scolaire.

Selon un rapport du Haut Commissariat à l’Egalité de 2016, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris… Et quand elles le savent, elles pensent souvent que ce n’est qu’un petit bouton, caché en haut de leur vulve. Or il faut le dire, le répéter, le clamer haut et fort (bon ok, peut être pas à Auchan, mais chez soi et dans les cours de SVT) : le clitoris ne fait pas quelques millimètres, et il est à la fois externe et interne. Il a la forme d’une poire. Ou d’un pingouin (ça c’est mon analyse personnelle). Il fait dix centimètres de long, si on va de l’extrémité du gland du clitoris jusqu’à celle d’une de ses deux racines. Celles-ci sont insérées de part et d’autre du vagin. Il se gorge de sang, il bande, comme le pénis, et ses tissus sont similaires. Cette connaissance anatomique, assez récente dans l’histoire des sciences, permet de mieux comprendre le plaisir féminin, et d’en finir avec la vision freudienne de la sexualité féminine : non une femme n’est pas « clitoridienne » ou « vaginale ». Il y a plusieurs zones de stimulations possibles, certes, mais elles sont toutes liées au clitoris. C’est l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain. C’est la seule et unique zone du corps humain qui ne sert absolument à rien sinon à procurer du plaisir. Et il fonctionne jusqu’à la mort. Et sinon, il est où le sexe faible ?

Pourquoi, me diriez-vous, allez-vous raconter tout cela à vos pré-ados ? Parce que, quand on est une jeune fille, la connaissance anatomique de sa propre sexualité participe à la construction positive de celle-ci. La psychanalyse a démontré que les hommes avaient une représentation mentale de leur sexe, le phallus, différente de la réalité, le pénis. Un jeune homme qui imagine avoir un tout petit phallus mou (même si son pénis est tout à fait « normal ») va, dans ses rapports de séduction, mais aussi dans sa vie en général, manquer d’assurance. Nous avons nous aussi, les femmes, une représentation mentale de notre sexe. Si on imagine avoir un simple trou, avec certes à l’extérieur un petit bouton, mais sans plus, comment se sentir présente et puissante dans l’acte sexuel, et ensuite, dans la vie, tout aussi présente et puissante ? Plus nous connaîtrons notre sexe réel (notre vulve, notre clitoris, notre vagin, notre utérus) et ses capacités, plus nous jouirons de l’image mentale de celui-ci. Comme l’explique la chercheuse Odile Fillod, « connaître le clitoris peut aider les femmes à se constituer comme sujets actifs de leur sexualité, plutôt que de se voir uniquement comme objet et réceptacle du désir masculin ». Et cela peut aussi, bien sûr, permettre à toute une génération de jeunes hommes hétérosexuels de non seulement mieux appréhender le plaisir féminin, mais aussi et surtout d’avoir un regard plus juste, et plus égalitaire, sur les jeunes femmes. Enfin, si vous n’arrivez pas à trouver les mots justes (malgré cette super chronique), sachez qu’il y a quelques semaines, une réalisatrice canadienne, Lori Malépart-Traversy, a diffusé une vidéo drôle, intelligente, et instructive, sur le sujet. Cela s’appelle « Le clitoris – Animated Documentary » ( voir ci-dessous). Bonne nouvelle : c’est un dessin-animé. Entre un Pixar et un Marvel, hop, diffusez un petit film sur un autre super-héros, Mister Clito.

« Le clitoris – Animated Documentary » de Lori Malépart-Traversy


Camille Emmanuelle, 36 ans, est journaliste, chroniqueuse et auteure. Un jour, un « hater » sur Twitter l’a traité de « journalope » à la suite d’un article qu’elle avait écrit sur les théories de la Manif pour Tous. Camille a adoré ce néologisme haineux et en a fait son étendard. Elle travaille autour des questions de sexualités, de culture érotique, de culture porn, de féminismes, et de genre.

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