TU SERAS FOOTBALLEUR, MON FILS !

Ce n’est pas un ordre… Mais ça y ressemble ! La star portugaise du Real Madrid Cristiano Ronaldo, cinq fois Ballon d’Or, ne tergiverse pas à l’heure d’évoquer l’avenir de sa progéniture, Cristiano Junior, sept ans cet été : « Je veux que mon fils devienne un joueur de football. Je pense qu’il possède déjà des qualités d’athlète. Evidemment, il est très jeune mais il aime le football, et ça, c’est déjà un avantage. Il fera ce qu’il voudra, je ne l’obligerai à rien, mais évidemment, je veux que Cristiano soit joueur».

L’atavisme se porte très bien dans le ballon en général, et le rond en particulier, merci pour lui. Dresser la liste des pères et fils passés professionnels serait illusoire, tant elle est imposante. Les cas de figure transcendent les continents et se déclinent à l’infini. En France, cette saison avant d’être remplacé par Sabri Lamouchi, Christian Gourcuff a entraîné son rejeton Yoann au Stade Rennais. Au Paris Saint-Germain, le franco-américain Timothy, 17 ans, est en apprentissage, à la joie de son paternel, le Libérien George Weah, passé par le PSG entre 1992 et 1995, année où il remporta le Ballon d’Or, premier africain de l’histoire à réaliser cet exploit et désormais président de son pays.

En avril 2016, la mort à 84 ans de Cesare Maldini, ancien capitaine de la sélection italienne, a convoqué le souvenir de l’entraîneur qu’il fut également de son élégant fils Paolo au Milan AC comme en équipe nationale, alors que le Ghanéen Abedi Pelé, vainqueur de la Ligue des champions avec l’OM en 1993, a vu ses fils André et Jordan porter à leur tour la tunique olympienne (ils évoluent aujourd’hui en Angleterre, l’un à West Ham, l’autre à Swansea). Les Gudjohnsen ont fait plus fort encore : le 24 avril 1996, Arnor, 34 ans, a cédé sa place lors du match de l’Islande face à l’Estonie à son fils de 17 ans, Eidur ! « Mon plus grand regret reste qu’on n’ait pas joué ensemble », conviendra ensuite l’aîné, international à 73 reprises, qui a joué en Belgique, au Danemark et même en France (Girondins de Bordeaux) quand Eidur, capé 78 fois, a brillé au PSV Eindoven, à Barcelone et à Chelsea.

Du côté des Zidane, après en avoir fait son meneur de jeu de l’équipe B du Real Madrid, la Castilla, Zizou a entraîné son aîné Enzo, 22 ans, en équipe première avec comme récompense à la clé, une présence dans la liste des 25 de la finale de la Ligue des Champions 2017 gagnée 4-1 face à la Juventus. Ses trois autres rejetons portent le maillot Merengue : Luca, 18 ans, gardien de but, champion d’Europe des moins de 17 ans avec l’équipe de France, Théo, 14 ans, et Elyaz, 11 ans. L’Angleterre, elle, est tombée en pamoison devant Leicester, qui, la saison passée a déjoué tous les pronostics pour devenir champion de Premier League. Son ultime rempart s’appelle Kasper Schmeichel. Le solide danois a été couronné 23 ans jour pour jour après que son père Peter ait fait de même, lui aussi dans les cages et à un âge identique (29 ans) avec Manchester United. A ce point-là, ce n’est plus un clin d’œil !

Il ne s’agit pas non plus d’une fatalité – la proportion de “fils de“ en Ligue 1 est d’environ 5% – mais la médiatisation du football rend ses occurrences plus spectaculaires. Cela peut même prendre des allures de dynastie. Prenez les Djorkaeff. Oan, 20 ans, a rejoint la réserve de Montpellier, après le centre de formation de Saint-Etienne et deux ans à Evian Thonon Gaillard. Il est le fils de Youri, champion du monde 1998, lui-même fils de Jean, capitaine des Bleus et du PSG comme de l’OM. « Je n’ai que très peu de souvenirs de lui sur le gazon mais ceux qui débarquaient à la maison ou que je croisais en possédaient pour moi. « J’ai connu Jean. Quel Monsieur ! », me lançait-on. Ce sont sa droiture, son exigence et sa rigueur sur le terrain qui toujours revenaient dans la conversation. Je ne tiens pas à brûler cette image. Jamais je n’ai été tenté de tuer le père », confiera dans son autobiographie l’ex-meneur-buteur de l’Inter Milan, désormais installé à New York, où il a achevé sa carrière en 2005. Il expliquait également, dans Snake (son surnom), n’avoir pas, gamin, été attiré plus que ça par ce sport. « Car il accaparait trop mon père. Devenu un personnage public, qu’il soit sollicité dans la rue par les chasseurs d’autographes me paraissait normal. J’ai appris tôt à composer avec la médiatisation. Lorsque les professeurs nous demandaient la manière dont nos parents gagnaient leur vie, j’inscrivais naturellement footballeur. Pour moi, tous les papas l’étaient ! » A Décines, dans la banlieue de Lyon, se dresse depuis 2000 le stade Jean et Youri Djorkaeff !

Chez les champions du monde 98, la filiation est évidente. Marcus Thuram, né un jour avant le doublé de son père Lilian contre Croatie, joue en Ligue 2 à Sochaux et a été appelé en équipe de France de sa catégorie. Mais si son père était la vigie de la défense, lui a choisi de marquer des buts. Lucide, l’athlète de 190 centimètres a évacué la comparaison depuis longtemps. « On me parlait de piston, ce n’est plus le cas. Je suis fier de porter son nom et je ne ressens pas de pression liée à ça », a-t-il balayé, ajoutant combien l’animosité liée à son statut supposé peut le transcender. « Si je rentre dans un stade avec plein de gens qui ne m’aiment pas, ça va me donner envie d’en faire encore plus, comme face au PSG en demi-finale de la Coupe Gambardella. Les supporters m’ont insulté et ça m’a excité… Vu mon nom, c’est normal qu’ils prennent cette cible-là. » Son jeune frère, Khephren, est au centre de formation de l’AS Monaco. Plus précoce encore : Théo, 7 ans, le fils de Robert Pires, a intégré l’Académie d’Arsenal, club dont son père a brillamment porté les couleurs et dont il reste un ambassadeur.

Mais un patronyme envahissant peut aussi, quand on a choisi la même voie, écraser. Jordi Cruyff a réalisé une carrière plus qu’honorable : Barcelone, Manchester, puis Alavès, l’Espanyol Barcelone, l’Ukraine et Malte. Rien de honteux, loin de là, mais sans commune mesure avec le génie de son père, Johan, qui a révolutionné le football avec l’Ajax Amsterdam et Barcelone. « J’ai toujours cherché le chemin le plus compliqué pour qu’on ne me catalogue pas comme le fils de Cruyff » a résumé l’actuel directeur sportif du Maccabi Tel-Aviv. Et que dire alors d’Edson Cholbi Nascimento, dit Edinho, fils de Pelé, triple champion du monde et plus grand footballeur de l’histoire. Gardien de but ordinaire, il a été vice-champion du Brésil avec Santos. Mais son destin a basculé dans les faits divers une première fois en 2005 après qu’il ait été arrêté lors d’une opération policière de démantèlement d’un important réseau de trafic de drogue. En février 2017, il a été condamné en appel à 12 ans et 10 mois de prison pour blanchiment d’argent issu de ce trafic. Le mois suivant, le tribunal supérieur de justice du Brésil lui a accordé le droit de rester en liberté le temps que soit jugé un recours déposé par son avocat. Pas sûr que cela suffise à consoler le roi Pelé…

Arnaud Ramsay


Top 5 des plus belles réussites

  1. MALDINI : Les premiers père-fils à soulever la Ligue des champions, qui plus est comme capitaine, ce sont eux : Cesare et Paolo Maldini. Deux légendes italiennes du Milan AC, deux défenseurs beaux à voir : le paternel a joué 398 fois avec les Rossoneri pour quatre titres de champion et une C1 tandis que le fiston possède le record de matches disputés en Serie A (647), participant à quatre Coupes du monde et remportant cinq fois la Coupe d’Europe. Et ses propres fils, Cristian et Daniel, maillots du Milan sur les épaules, arrivent…
  2. BUSQUETS : Milieu de terrain de Barcelone et de l’équipe d’Espagne, avec laquelle il a été champion du monde et d’Europe, Sergio Busquets est, au même titre, que Lionel Messi, Iniesta ou Xavi, l’une des références du Barça. En Catalogne, il s’est forgé un palmarès XXL : six Liga, trois Ligue des champions, trois championnats du monde des clubs. Nettement mieux que son père, Carles, gardien de but dix ans du grand Barcelone de Johan Cruyff, mais la plupart du temps comme remplaçant.
  3. AUBAMEYANG : Pierre-François Aubamayeng a été défenseur à Laval, Toulouse, Nice et Rouen mais aussi le capitaine de la sélection gabonaise. L’actuel recruteur pour le Milan AC a eu trois fils, pour autant de footballeurs. Si Willy et Catilina sont pros, l’un en Allemagne, l’autre en Italie, ils sont éclipsés par Pierre-Emerick, attaquant du Borussia Dortmund depuis 2013 et l’un des buteurs les plus recherchés. Il est comme son père, auquel il voue une admiration sans borne, le capitaine de son pays.
  4. DJORKAEFF : Jean, le père, le défenseur a joué la Coupe du monde 1966 pour la France, endossant également le brassard au sein des clubs où il a brillé : Lyon, Marseille et le jeune Paris Saint-Germain. Youri a été son digne héritier : Vainqueur de la C2 avec le PSG, figure de l’Inter Milan époque Ronaldo, également passé par l’Angleterre et l’Allemagne, il compte 28 buts en 82 sélections. Il a été décisif dans la quête du Mondial 1998 comme de l’Euro, deux ans plus tard.
  5. MAZINHO : Lauréat de la Copa America et surtout du Mondial 1994 avec le Brésil, l’ancien milieu défensif Mazinho couve du regard son fils aîné, Thiago Alcantara, milieu de terrain plus porté vers l’avant, à la fois international espagnol et élément du Bayern Munich, après avoir été façonné au FC Barcelone, avec lequel il a tout raflé.

Flop 5 des plus gros ratages 

  1. PLATINI : Quand le fils devient une épine dans le pied du père… Laurent Platini, juriste de formation, devient directeur général de l’équipementier qatari Burrda Sport, un an après le vote de son père Michel, triple ballon d’or, organisateur du Mondial 98 et ex-patron de lUEFA, pour le Qatar à l’organisation de 2022. Laurent, s’il a joué dans les catégories jeunes à Boulogne-Billancourt, n’a jamais songé à devenir professionnel. Mais en mai 1988, à Nancy, devant 40 000 spectateurs, sous les yeux de Pelé et Maradona, il a remplacé son père lors de son jubilé. Il avait 9 ans.
  2. CRUYFF : Jordi a été lancé par son père, le grand Johan, à Barcelone, où il est né. Il a aussi été international néerlandais et remporté une finale de la Coupe de l’Uefa avec Alavès. Mais, il est le premier à en convenir, il n’a jamais été à la hauteur du mythe du triple Ballon d’Or, terminant son parcours à Donetsk en Ukraine, puis à La Valette à Malte.
  3. BECHKAM : David appartient au patrimoine du football anglais, pour services rendus à la sélection (115 sélections) et à Manchester United, avant de filer au Real Madrid, au Milan AC, à Los Angeles et au PSG. L’icône du style, parmi ses rejetons, compte Brooklyn, qu’il imaginait sur ses traces. Mais, s’il était membre de l’Académie d’Arsenal, il a été recalé à 15 ans par le centre de formation des Gunners. Omniprésent sur les réseaux sociaux, il envisage d’intégrer la Parsons School of Designs pour devenir photographe.
  4. PUEL : Ancien pilier de l’AS Monaco, Claude Puel est un entraîneur respecté, aujourd’hui à Leicester, passé de la Principauté à Lyon via Lille, puis Nice et Southampton. Son fils Grégoire, défenseur né en 1992, l’a suivi partout en France. Lancé chez les pros à Nice, il est rapidement pris en grippe par le public et son président qui estime qu’il n’a pas le niveau et l’incite à partir. Il évolue désormais au Havre en Ligue 2.
  5. GABRIC : Tonci Gabric a été le gardien de la sélection croate, sacré champion du pays avec l’Hajduk Split en 1995. Son fils Drago a démarré au sein du club, prometteur milieu de terrain. Mais un grave accident de la route en 2011, à 27 ans, alors qu’il avait découvert la sélection et jouait en Turquie, a brutalement freiné son ascension. Il a heureusement pu reprendre le cours de sa carrière, aujourd’hui chez la modeste équipe du Rijeka.